ACTE IV, SCÈNE in. ' 5i
On ne voit point d'écrits comparables aux T«jtres. Que d'eleges charmans , cousus les uns aux autres ! Vous louez avec grâce, il le faut avouer.
ORONTE
D'agréables objets sont aises à louer : Vos manières, votre air...
Or.IAlVK.
Brisons là , je vous prie :
La louange affectée est une raillerie.
Tirez-nous seulement d'une grossière erreur (^ui me fait tous les jours brouiller avec ma sœur. Sitôt qu'un mois commence on m'aj)porte un Mercure :
C'est mon plaisir d'élite et ma chère lecture; Et, depuis qu'il paraît, ce qui m'en a déplu. C'est qu'il est trop petit et qu'on l'a trop tôt lu. Biais un des plus charmans que l'on vous ait vu faire, C'en est un où j'ai vu le grand art de se taire ; Art qui pour notre sexe est plein d'utilité' , Et dont ma sœur et moi nous avons profite'. JN'ous ayons toutes deux purifié nos âmes D'un défaut qui partout déshonore les femmes ; Et nous faisons un vœu , qui sans doute tiendra , De ne parler jamais que lorsqu'il le faudra. N'est-il pas juste aussi que des femmes se taisent ? Leurs discoui's éternels fatiguent et déplaisent : Tout ce qui leur échappe est de si peu de poids. Qu'un silence modeste est plus beau mille fois. S'il n'était des rubans, des jupes, des dentelles. Tant que dure le jour, de quoi parleraient-elles? Je sèche de chagrin lorsque j'entends cela.
ÉLISE
Eh ! qui pourrait tenir à ces sottises-là ?
Est-ce un si grand effort qu'être femme et se taii'e.
Qu'aucune autre que nous n'ait encor pu le faire?
Car, ma sœur, franchement, nous poun-ions avouer,
N'était qu'il est honteux de vouloir se louer,
Que l'on ne voit que nous se faire violence ,
Et trouver du plaisir à garderie silence.
5i LE MERCURE GALANT.
rNTaisje ne comprends point par quelle injuste loi
"N eus prétendez, ma sœur, vous mieux taire que moi.
Depuis six mois entiers que j'apprends à me taire ,
J"ai fait pour réussir tout ce que j'ai pu faire;
Et, dans ce grand dessein, je vous suis d'assez près
Pour devoir me flatter d'un semblable progrès.
Je consens comme vous que monsieur en décide.
OROME.
3Ioi , mesdames ?
oni vsE.
Alonsieur, soyez juge rigide.
Ma sœur, rac voilà prête à vous faire un aveu , Que vous ne parlez point, ou que vous parlez peu ; Que vous avez sur vous un merveilleux empire, Que vous ne dites rien que vous ne deviez dire, Que le don de vous taire est l'eflet de vos soins; ISlais avouez aussi que je parle encor moins : Si ce n'est par devoir, que ce soit par tendresse.
Élise.
Sur tout autre sujet vous seriez la maîtresse , Ma sœur ; mais sur cela ne me demandez rien. Je donnerais pour vous tout mon sang , tout mon
bien ; Mais je ne puis celer que la gloire m'est chère : Eh 1 quelle gloire encore ? être lUle et se taire .' Soutirez-moi votre égale, et par cette équité...
ORTAKE.
Non , ma sœur, je ne puis souffrir d'égalité. Je parle moins que vous, j'en suis siire.
ÉLISE
Au contraire.
Si vous en jugez bien, vous savez moins vous taire.
OPIA>E.
Je vous appris cet art; sàn> moi vous l'ignoriez.
Élise.
Vous m'en avez appris plus que vo\is n'en saviez,
OBI.Ar'E.
Monsieur est'sur ce point plus éclairé que d'autie.>, Prions-le d'écouter mes raisons et les vôtres.