ACTE V, SCENE VIII
Et je n ose faire connaître Ni qui je suis , ni d'où je sors.
Quand on m'ôte la liberté, Pour m'échapper j'use d'adresse.
Et deviens femelle traîtresse , De mâle que j'aurais été,
ORONTE
Ces vers-là me semblent bien tournés.
CÉCILE
Je brûle de savoir ce que c'est.
BEAUGÉ:!fIE.
Devinez.
CÉCILE
Soit manque de lumière ou de bonne fortune - Je n'ai pu de ma vie en deviner aucune.
BEAUGÉ\iE , à 31. de Boisluisant- Et monsieur ?
M. DE r.OISLtriSAlVT.
Sur ce point je demande quartier :
J'y rêverais gratis au moins un siècle entier.
BEAUGÉME , à Oroflt^.
Et vous, monsieur?
ORO?rTE.
Ma foi 1 je ne la puis camprendre.
CEAUGÉxiE , à Lisette.
Et vous?
LISETTE
J« ne Fenteuds ni je ne veux l'entendre; C'est du grimoire.
EEArGÉNlE , à tous.
Enfin , vous ne l'entendez pas ?
CÉCILE
IN'on, qu'est-ce?
BEATJGÉîCIE.
C'est un vent e'chappe'par en bas.. .
'Vous vous regardez tons, et j'en sais bien la cause: Tous ceux qui l'ont ouie ont fait la même chose. Sur un sujet si faible un ouvrage si beau Paraît à tout le monde un prodige noit-s-eau.
Mais , pour voir si les vers qnadrent à la matière.
Faisons-en , vous et moi , Tanatomie entière.
Je suis un invisible corps.
Qui de bas lieu tire mon être , Et je n'ose faire connaître Ni qui je suis , ni d'où je sors.
Est-il rien de plus juste et de mieux rencontre ? Jamais dans son sujet hon>me est-il mieux entre ? Il semble que ce vent ait de la connaissance , Et qu''il n'ose avouer son nom , ni sa naissance. Rien n'est plus singulier que cette énigme-là.
LISETTE
Il faut avoir bon nez pour deviner cela.
ORONTE
Il n'est rien plus galant que votre énigme. beacgÉme.
Peste!
Je le sais bien. Passons à Texamen du reste. Quand on m'ôte la liberté , Pour m'e'cbapper j use dadresse , Et deviens femelle traîtresse, De mâle que jaurais été.
jamais dans une énigme a-t-on rien vu de tel ?
Qu'est-il de plus coulant et de plus naturel?
Loin que ce que je dis blesse la vraisemblance ,
On en fait tous les jours la rude expérience •
Et quelqu'un en ce lieu , qui ne s'en vante pas.
Peut-être à quelque mâle a fait passer le pas.
Des injures du temps mon nom n'a rien à craindre :
J'ai peint ce qu'un pinceau ne pourra jamais peindre ^
Et je suis étonné, quand je songe à cela,
Comment l'esprit humain peut aller jusque-là.
Je vais recommencer.
ORO.VTE
Non , je vous en supplie.
IVous avons de vos vers la mémoire remplie. Votre nom à l'énigme ajouterait du poids.
eeaugéme.
La nature prudente eut soin d'en faire choix ,