‹ Théâtre de CampistronChapitre 169 sur 302 · LE POUVOIR DES FABLES · texte numérisé non relu

LE POUVOIR DES FABLES

Autrefois dans Athène , un fameux orateur

Zèle' pour la cause publique , Craignant pour sa patrie un extrême malheur ,, JVIit en œuvre sa rhétorique , Et, pour émouvoir Tauditeur, Fit un discours fort pathétique.

Mais le peuple qui Técoutait , Immobile comme une souche , ]\e fut non plus touche' de ce qu'il débitait, Que s'il n'eût pas ouvert la bouche.

Chagrin du peu de progrès Que faisait son éloquence :

L'anguille, ajouta-t-il, l'hirondelle et Cérès Firent un jour connaissance, En voyageant toutes trois.

Un fleuve impétueux s'oppose à leur passage ; L"hirondelle , en volant , et l'anguille à la nage , Le passèrent sans peine , et l'auraient fait vingt fois. Et Cérès ? dit le peuple en élevant sa voix : Vous avez fait passer Fanguîlle et l'hirondelle , Monsieur le philosophe , en vous remerciant j

Mais Cérès , que devint-elle?

Dit encore une fois le peuple impatient. iNlessieurs, dit l'orateur , vous dessillez ma vue 5 Je me suis abusé jusques à ce moment : La vérité toute nue !N'a pas assez d'enjouement:

Une fable l'insinue Bien plus agréablement.

Messieurs les auditeurs , qui , par votre suffrage , Rendez bon ou mauvais le destin d'un ouvrage ,

PROLOGLE. -

Celui qui va paraître est d'un genre nouveau : S'il vous blesse, il est laid j s'il vous plaît, il est beau. Esope , si connu par ses savantes fables , Fut jadis condamne' par des juges coupables : INIais ceux qui de son sort de'cident aujourd'liui, Ont trop d'inte'grité pour s'armer contre lui. 11 ne vous dira point de ces quolibets fades Qui ne sont de bons mets que pour des golits malades; Par les fables qu'il cite en diffei'ens endroits, Use montre à vos yeux tel qu'il fut autrefois. Pesez-en le mérite en juges équitables : Vous le méconnaîtriez s'il ne disait des fables j Et vous auriez dans l'ame un sensible dëpit De le voir par sa bosse, et non par son esprit.

Jioursault.

ACTEURS

ÉSOPE

LÉARQUE, gouverneur de Sizique.

EUPHROSIIXE , fJle de Learque.

AGEINOR, gentilhomme de Lesbos, amant d'Eu-

phrosine.

DORIS, confidente d'Euphrosine.

liORTElN'SE, fille entêtée de son esprit. Deux DÉprxÉs de Sizique , tous deux fort vieux. PIERROT, paysan d'auprès de Sizique.

AGATON , petit garçon fort beau , fils de Lrarque. CLÉO^NICE, petite fille fort laide, sœur d'Agaton, M. DOUCET, généalogiste.

AMI^VÏE , mère d'une fille enlevée.

ALBIOlVh!, veuve d'un conseiller-notaire.

CO LUNETTE , femme de Pierrot.

M. FURET, huissier.

Deux comédtexs.

XJiv maitre-d'hôtel.

Un sommelier.

Un laquais.

La scène est à Sizique.

COMÉDIE

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