LES DEUX RATS
L n rat de cour, ou , si tu veux, de ville ,
Voulant profiter du beau temps , S'échappa du cellier qui lui sers ait d'asile ^
Et fut se pi'omener aux champs.
Comme il respire l'air, dans un sombre bocage
Il rencontre un lat de village :
D'abord bras dessus , bras dessous :
loS LES FABLES D ESOPE.
Après s'être bien dit ser% iteur , moi le votre ,
Le rat campagnard pria l'autre ©""aller se rafraîchir dans quelqu'un de ses troui? = Là le villageois le regale De raisins , de pommes , de noix ; Mais quoi que son zèle étale , Rien ne touche le bourgeois; Et pour un rat d'un tel poids Cette vie est trop frugale.
V'euez-vous-eu , dit-il , me voir à votre tour ; Je veux avoir ma revanche, Et vous régaler dimanche; Je loge en tel endroit , proche un tel carrefour. Le sobre rat des champs , qui du bout d'une rave Dînait assez souvent et ne dînait pas mal, Trouve Tautre dans la cave D'un gros fermier-général.
Huile, beurre, jambons, petit-salé, fromage.
Tout y regorge de bien :
Et ce qui pour le maître est un grand avantage , Cela ne coûte guère, ou, pour mieux dire, rien. Nos deux rats étant à même , Avaient de quoi se soûler :
Mais un chat , par malheur , s'étant mis à miauler. Ils se crurent tous deux dans un danger extrême. Le péril étant passé Ils revinrent à leur proie ; Mais leur repas à peine était recommencé , Qu'on revient troubler leur joie :
Tantôt c'est un sommelier , Qui veut boire bouteille avec ses camarades ; Et tantôt un autre officier Veut de l'huile pour ses salades.
Enfin , le pauvre rat, qui , dans son cher hameau , Passait ses heureux jours sans crainte et sans envie, Las de voir qu'à chaque morceau II soit en danger de la vie , Prend congé de son hôte , en lui disant ces mots : Vos mets ne me touchent guère :