‹ Théâtre de CampistronChapitre 199 sur 302 · ACTE III, SCENE III. ii · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III. ii

J'en sais déplus piqiiaBS qui vous conviendrontmieux: Un si juste courroux n'aura poiul de limites.

ÉSOPE

Parlons net. L'aiaicz-vous autant que vous le dites?

EUPKROSIKE.

Si je Taime !

ÉSOPE

Ecoutez; l'hymen dure long-temps ; Quand il fait un heureux , il fait vingt me'contens. Vous êtes dans un âge où le cœur faible et tendre Par un objet qui plaît est facile à surprendre ; Mais quand c'est pour toujours qu'on se doit engager. L'exemple que voici doit y faire songer. l'alouette et le papillon.

Autrefois une alouette ,

Qu'aimait un riciie coucou ,

Epousa par amoureite Un fort beau papillon qui n'avait pas un sou.

Outre beaucoiip d'indigence ,

Il avait tant d'inconstance , Qu'il muguettait les fleurs , et les poussait à bout. Rien ne pouvait fixer ni ses vœux , ni sa flamme j

Cependant sa pauvre femme

Avait disette de tout.

Elle connut bientôt , quoique trop tard pour elle , Que lorsqu'on veut s'unir pour jusques au tombeau , Un époux inconstant et beau N'en vaut pas un laid et fidelle.

Dans l'âge où me voilà , je ne suis pas si fou , Que je ne sache bien que je suis le coucou. Je suis laid , mais enfin je fais une figure Qui me venge du tort que m'a fait la nature ; Et quoique mon rival vous promette aujourd'hui , 'Vous serez plus heureuse avec moi qu'avec lui. Pesez ce que je dis , sans aigreur ni rancune.

EUPHROSIPÎE.

Il est vrai qu'avec vous j'aurais plus de fortune : Mais lorsqu'à l'amour seul un cœur est destine', Quand il a ce qu'il aime , est-il infortuné ?

n4 LES FABLES D'ESOPE.

Ne désunissez point deux cœurs faits l'un pour Vautre: Il est d'antres objets bien plus dignes du vôtre : La j;randeur que je fuis sera plus de leur goût; Et mon cher Agenor me tiendra lieu de tout. Je mourrais de douleur s'il m'était infidelle ; Mais pour le devenir il a Tame trop belle : Le plus grand des chagrins que nous puissions avoir. C'est d'être Tun et l'autre un moment sans nous voir. Vous donnez des leçons que tout le monde admire. Pratiquez le premier ce qu'on vous entend dire : De deux jeunes amans ne troublez point la paix, Et ne vous signalez qu'à force de bienfaits. Quel plaisir aurez-vous de me voir malheureuse?

ÉSOPE

Qu'une fille a d'esprit quand elle est amoureuse ! On ne peut s'exprimer en des termes plus doux. Vous n'avez pas eu peur de me rendre jaloux. En parlant d' Agenor , v,ous aAriez des extases ; Et l'amour vous aidait à bien tourner vos phrases. Monsieur le gouverneur , que je vais bientôt voir , IVe balancera point à faire son devoir. Je vous ai près de lui déjà rendu service : Je vous promets encore un aussi bon oflBce. Vous verrez quel amant vous sera réservé.

EUPHROSISE.

Et moi , qui vous connais pour un fourbe achevé;

Moi qui de votre fraude ai sujet de me plaindre •

Moi qui ne sais qu'aimer, et qui ne sais point feindre .

Je vous déclare ici qu' Agenor a ma foi;

Que je suis tout à lui, comme il est tout à moi j

Que toute la gi'audeur où le roi vous appelle ,

N'aura pas le pouvoir de me lendre infidelle;

Et que si de mon père on aigrit le courroux ,

J'épouserai la mort plus volontiers que vous.

Vous m'épouvantez plus qu'elle ne m'épouvante.

Adieu.

i:sopE , seul.

Qui le croirait ? Une fdle constante î Quel prodige î

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