‹ Théâtre de CampistronChapitre 200 sur 302 · M. DOUCET , ÉSOPE · texte numérisé non relu

M. DOUCET , ÉSOPE

M. DOUCET

Monsieui* , sur un avis certain , Que vous devez ici tous marier demain , Je viens vous supplier de m'accorder la grâce D'empêciier de mourir votre future race , Et de ressusciter vos aïeux qui sont morts.

ÉSOPE

Quoi ! vous faites rentrer les âmes dans les corps ! Il faut qu'apparemment vous sachiez la magie.

M. DOUCET

Non , monsieur , mais j'excelle en gcne'alogic. J'anoblis , en payant , d'opulens roturiers , Comme de bons marchands et de gros financiers. Je leur fais des aïeux de quinze ou seize races, Dont le diable aui'ait peine à de'meler les traces. L'or , le gueule , l'argent , le sinople et l'azur , Me font mettre en c'clatThomme le plus obscur : L'un sur son e'cusson porte un casque sans grille. Dont le père autrefois a porté la mandille • L'autre prend un lambel, en cadet impoi'tant, Dont on a vu l'aïeul gentilhomme exploitant, Enfin , ma renommée exposée aux satires Par tant de roturiers dont j'ai fait des messires , Pour tenir désormais des chemins difFérens, Je consacre mon art aux véritables grands , A la vertu guerrière , à la haute naissance ; Et c'est avec plaisir par vous que je commence. Le sang dont vous sortez trouve si peu d'égal...

Ésope.

3îonsieur le blasonneur , vous me connaissez mal. Je ne sais d'où je sors , ni quel était mon père.

M. DOUCET

A qui manque d'aïeux j'ai le secret d'en faire :

Et pour deux mille écus pour le prix de mon soin ,

Je vous ferai venir des aïeux de si loin ,

ii6 LES FABLES D'ESOPE.

Aux grandes actions toujours Tame occupée, Que la vérité même y serait attrapée.

Jugez de mon savoir : par les soins que j'ai pris Le fds d'un maréchal est devenu marquis.

ÉSOPE

Vous avez , je Tavoue , un talent admirable^ INIais rien n'est beau pour moi qui ne soit véritable : Quand on me croirait noble à faire du fracas , Pourrais-je me cacher que je ne le suis pas ? Dites.

M. DOUCET

Si Ton avait cette délicatesse , Adieu plus des trois quarts de ce qu'où croit noblesse; Il n'en est presque point , à vous ])arler sans fard , Qui n'ait pour faire preuve eu besoin de mon art. Je sais de gros seigneurs qui seraient dans la crasse , Sans la révision que je fis de leur race ; Où je substituai , tant mon art est divin , Trois maréchaux de camp pour trois marchands de vin. Si pour votre noldesse il vous manque des titres, Il faudra recourir à quelques vieilles a itres , Où nous ferons entrer d'une adroite façon Une devise antique avec votre écusson.

Vingt douteuses maisons qui sont dans la province, Pour se mettre à l'abri des recherches du prince, Avec cette industrie ont trouA é le moyen De prouver leur noblesse admirablement bien. Vous serez noble assez , si vous paraissez l'être.

ÉSOPE

Et comment , s'il vous plaît , le poUTrai-jc paraître? Ai-je un exte'rieur qui puisse faire voir

M. DOUCET

Je vous trouve l'air noble autant qu'on peut l'avoir.

ÉSOPE

A moi ?

M. DOUCET

Sur votre front certain c'clat qui brille Montre que vous venez d'une illustre famille.

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