‹ Théâtre de CampistronChapitre 212 sur 302 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

ÉSOPE , ALBIONE.

AT.BIOXE.

Monsieur , je s!iis votre servante.

Ce n'est point compliment , c'est pure vérité'.

ÉSOPE

Je vous en g:ai-antis autant de mon côte.

Il ne tiendra qu'à vous de me mettre à Tépreuve ,

Madame.

ALBIONE.

Savez-vous , mon<?ieur , que je suis veuve

ÉSOTE.

Non , vraimenf.

ALBIOIVE.

Je le «uis dé'puisprts de cinq ans.

Et défunt mon mari m'a laisse quatre enfans.

ÉSOPE

A voir cet air brillant et ce riche équipage.

i3o LES PARLES D'ESOPE.

"Vous allez convoler en second mariage , Apparemment? Quelqu'un de vos yeux est blesse?

ALBIOXE.

Pardonnez-moi , monsieur, mon bon temps est passe.

ÉSOPE

Tant pis.

ALBIONE. (|^

La propriété de tout temps fut permise ; Et si vous me vojez passablement bien mise , Il ne faut pas , monsieur, vous en émerveiller : L'e'poux dont je suis veuve e'tant mort conseiller , Je suis dans un étage à paraître plus grande , Ou qu'une procureuse , ou bien qu'une marchande. Rien ne m'est plus f;^cheux que de m'encanailler.

ÉSOPE

Et de quel acabit ctait-ii conseiller ?

Etait-ce en robe longue , en robe courte , en botte ?

ALBIONE.

Non, monsieur, il e'tait conseiller garde-note-

ÉSOPE

La ppste! n'est-ce pas ce que vulgairement On dit tabellion , ou notaire autrement?

ALBIONE.

Oui, monsieur.

ÉSOPE

Vertubleu ! c'est un grade sublime.

ALEIOXE.

J'ai fait ce que j'ai pu pour le mettre en estime. Conseillère à la cour, pre'sidcnte à mortier Faisaient moins de fracas que moi dans mon quartier \ 03'ant à mon époux une somme assez grosse. Je voulus avoir chaise , et puis après carrosse ; Et tous les chevaux noirs n'ayant pas de grands airs , J'en eus de pommelés , comme les ducs et pairs. Pour mon appartement , cinq chambres })arqiietccs A force de miroirs semldaient être enchaiitees ; Et ce qui m'en plaisait, on n'y pouvait marcher Que Ton ne se mirât encor dans le plancher. Ayant vu par hasard , dont je fus bien contente ,

ACTE IV, SCENE IIL De f;ro3 chenets d'argent chez une pre'sidcnte , Je priai mon mari de m"en donner d'égaux ; Et quatre jours après j'en eus de hien plus beaux. Je fus même à la Foire, où j'eus la hardiesse, Voyant un cabinet qu'aimait une duchesse Pendant qu'à marchander elle se dépêchait. De le prendre à sa barbe au prix qu'on le laissait. Pour ne pas abuser de votre patience.

On parlaiten tous lieux de ma magnificence. Quand pour un inventaire où mon mari courut, Il s'e'chauffa si fort qu'en trois jours il mourut.

ÉSOPE

Avez-vous achevé votre histoire modeste?

ALBIONE.

J'en ai dit tout le beau, j'en vais dire le reste. Mon époux étant mort, ces miroirs , ces chenets , Ces chevaux , ce carrosse , et ces beaux cabinets, Tout cela s'en alla cher qui les voulut prendre : J'y perdis les deux tiers , quand je les fis revendre. Enfin , pour nous tenir toujours sur le bon bout , Je n'ai rien ménagé , j'ai presque Aendu tout: Si bien que ce matin ayant su qu'à des filles Qui doivent leur naissance à d'honnêtes familles , Crésiis donne une dot poiu' les bien allier. Je vous en offre deux prêtes à marier. J'attends qu'en leur faveur votre bouche prononce. Voilà ce qui m'amène.

Et voici ma réponse.

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