‹ Théâtre de CampistronChapitre 215 sur 302 · ACTE IV, SCEiNE IV. t3i · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCEiNE IV. t3i

De si fades raisons rie m'accommodent jîas. Je ne me repais point de ces vaines paroles.

Ésope.

Un jour...

ACE\OR

Encore un coup , point de contes frivoles. C'est un amusement qui n'est bon qu'à des fous.

Ecoutez celui-ci, je le crois bon pour vous.

AGE^'OR

Je vous ai déjà dit, et je vous le répète , Qu'une prompte re'ponse est ce que je souhaite. Songez plus d'une fois qu'on me nomme Agenor.

ÉSOPE

Je vous ai répondu , comme je fais encor, Que vous parlez d'un air , s'il faut que je le nomme , Qui sent le fanfaron plus que le gentilhomme ; Et pour vous faire prendre un ton plus adouci ;, Je veux vous réciter la fable que voici.

AGEWOK.

Dépêchez donc.

ÉSOPE

LE CUISIMER ET LE CYGXE.

Un jour un cuisinier insigne, Qui buvait quelquefois un peu plus fort que jeu.

Pour mettre la marmite au feu , Pensant tuer une oie , allait tuer un cygne. On ne s'est jamais vu dans un dang?r plus grand • Déjà le bras Ic^ é s'apprêtait à descendre ,

Quaad l'oiseau lui fait entendre

Une voix qui le surprend :

Jamais aux bords du ?'îéandre.

Aucun cygne, en expirant, ?{'a célébré sa mort d'une façon plus tendre.

Ses chants ne furent pas vains ;

jMalgvé l'humeur assassine

De l'éciiyer de cuisine,

Le fer lui tomba des main?.

i3G LES FABLES D'ESOPE.

Bien vous en prend , dit-il , d'avoir un tel ramage ;

Je vous raëconnaissais si vous n'eussiez chanté.

Ainsi la douceur du langage Est, dans roccasion, de grande utilité': Il semble que le ciel en ait fait Tapanage

De:^ personnes de qualité j Et, dans un grand seigneur, de la brutalité

JMarque une noblesse sauvage.

C'est à vous maintenant à vous faire raison: Il faut être le cygne , pu bien êtie Toison. Choisissez.

AGENOR.

C'est un choix qui n'est pas difficile : Je n'ai jamais reçu de leçon plus utile ^ Et pour vous faire voir que j'en veux profiter, Je vous prie un moment de vouloir m'écouter. J'aime depuis deux ans, d'une ardeur tendre et pure. Ce qu'cjnt ."ait de plus beau le ciel et la nature : Vous savez s'il est vrai , vous qui dans un seul jour, Four les mêmes appas a^ez pris tant d'amour , Si dans si peu de temps votre amour est extrême, Quel doit être le mien ? Jugez-en par vous-même : Et s'il faut n'aimer plus , dites , de bonne foi , Quoi est le plus à plaindre, ou de vous , ou de moi? La raisnn sur vos sens garde un si grand empire, Que d'abord qu'elle i)arle ils n'osent la dédii'e j Et pour m'oser flatter d'un si puissant efiort, iNla raison est trop faible, et mon amour trop fort. Partout où vous passez vous répandez des gi-âces; Les t-œui's de tous les peuples accompagnent vos traces : Faut-il que deux am.ms soient les seuls entre tous Qui refusent leur voix aux vœi.x qu'on fait pour vous? Faites-vous un eflort dont- vous seul êtes digne j Faites...

ÉSOT^E.

Voil;'' parler en véritable cygne ; Voilà dans son mallicu^ se plaindre noblemen^. Certes , je suis fiîché d'aimer si fortement : Je sens je ne sais quoi me reprocher dans Tarae

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