‹ Théâtre de CampistronChapitre 216 sur 302 · ACTE IV, SCKISE IV. iS · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCKISE IV. iS

Que j'ai tort de troubler une si belle flamme ; IMais enfin je suis hcmme , et, quoique mal bâti , Je sens ce qu'en ma place un autre aurait -enti. Li'aniour que vous axez , quelque fort fîa'il éclate, IN'a de plus que le mien qii'une vieille date ; Et puisqu'il faut ^ans fard nous expliquer ici , Ce que vous ne pouvez , je ne le puis aussi. J'en suis f;iche'.

AGEXOR.

iNIonsieur , songez, je vous supplié, A l'effort que je fais lorsque je m'humilie. ]Mon cœur qui jusqu'ici n'avait jamais rampe'...

ÉSOPE

Vous allez faire l'oie , ou je suis bien trompé,

AGENOR.

J'ai peur de faire pis , dans mon désordre extrême.

Si vous vous obstinez à m'ùter ce que j'aime.

Il m'est bien plus aisé de renoncer au jour

Qaà l'adorable objet pour qui j'ai tant d'amour.

Après une si juste et si douce espérance...

Et savez-vous aimer avec persévérance?

Peut-être que l'amour, que vous croyez constant, Est de ces feus follets qu'on ne voit qu'un instant.] Vos tranquilles désirs ne trouvant plus d'amorce. Le feu dont vous brûlez perdra toute sa force ^ Et ce qui fut l'objet de vos tendres amours Deviendra votre peine au bout de quinze jours. Il n'est guère d'amour que l'hymen n'assassine.

AGENOR.

Moi , je pourrais cesser d'adorer Euphrosine !

Si l'hymen de ma flamme interrompait le cours,

J'y voudrais renoncer pour l'adorer toujours.

IXon , non, sur mon amour le temps n'a point d'empire :

Mon sort est d'en avoir jusqu'à ce que j'expire ]

Et , si dans le tombeau tout ne finissait pas ,

J'aimerais Euphrosine au-delà du trépas.

11 n'est rien qu'à ma flamme aisément je n'immole-.

ÉSOPE

Mille qui l'ont promis ont manqué de parole.

i38 LES FABLES D^ÉSOPE.

AGE\OR

Si Ton m'en voit manquer , que le ciel en courroux

Puisse lancer sur moi ses plus rigoureux coups !

Et pour faire un serment dont je frémis moi-même ,

Je consens que jamais Euphrosiue ne m'aime.

Mon amour pour changer a fait un trop beau choix.

ÉSOPE

Adieu. jNous nous verrons encore une autre fois. Quelqu'un vient.

AGE>OR

Ciel ! je sors , mais plein d'inquiétude : Je ne puis demeurer dans cette incertitude ; Et , quel que soit mon sort , dans une heure d'ici , Je me rendrai chez vous pour en être éclairci.

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