ACTE V, SCÈNE IL i
Je vous en fais le jiij^e , et vous en crois vous-même. Pourquoi mVpouscz-vous ?
Ésope.
Parce que je vous aime.
EUPHROSI^iE.
Eh bien ! monsieur , eh bien , puisqu'il en est ainsi j
Accor.'lez-moi le temps de vous aimer aussi,
Puis-je venir à bout , quelqu'eiïort que je fasse ,
D'oublier Agenor , de vous mettre en sa place 5
D'immoler au devoir un si parfait amour ?
Le puis-je , dites-moi , dans l'espace d'un jour ?
Je ne refuse point de t;^chcr à le faii'e :
3Iais pour 3-^ réussir le temps est nécessaire.
Quand deux cœurs sont unis par des liens si forts ,
On ne les brise point sans d'extrêmes efforts.
A ma juste prière ayezrame sensible :
Si je ne les romps pas , j'y ferai mon possible.
Sur vous seul désormais tous mes sens occupés...
Ésope.
Levez un peu les yeux.
EUPHI10SI>'E.
Moi ?
Oui. Vous me trompez.
Ce langage est trop doux pour être véritable; Et dans si peu de temps on n'est point si traitable. Je yénètre aisément dans votre intention.
DORIS
Oh ! monsieur , là-dessus je suis sa caution.
j'ai le cœur sur la langue, et jamais je n'affecte...
ÉSOPE
Tout franc , la caution m'est encor plus suspecte, .îe veux bien toutefois , pour contenter vos vœux, Différer notre hymen et d'un jour , et de deux. Je vous trouve si belle , et ma flamme est si forte , Que je puis en mourir de chagrin .- mais n'importe-.
DOUTS.
Plût aux dieux î
ÉSOPF.
Plaît-il?
i46 LES FABLES D ESOPE.
DOftIS.
Quoi? Al
ÉSOPE. J
Vous invoc[uez les cieiix. ^ Donis. i
Je dis que de la mort vous préservent les dieux. Quelle perte '
Vraiment je vous suis redevable. |l
EUPHROSIKZ.
Un jour ou deux , monsieur ! etes-vous raisonnable? Pour un efl'ort si grand est-ce un terme assez long?
Ésope.
Et quel temps, s'il vous plaît, me demandez-vous donc? Voyons.
EUPHROSIAE.
Un an ou deux. Je ne })ui3 moins prétendre ; Je suis jeune...
Ésope.
Et moi vieux. Je ne saurais attendre; Avant qu'il soit deux ans, ridicule et barbon , Je voudrais bien savoir à quoi je serai bon ? Qui me fuit maintenant , qui soupire , qui pleure , En aurait dans deux ans une raison meilleure. Différer de deux jours est tout ce que je pui*. Encore est-ce beaucoup dans Tétat où je sui<. Si vous saviez...
rt■PHROSl^'E.
De griice , ayez plus de tendresse.
Peut-on rien refuser aux vo^ux d'une maîtresse ?
ÉSOPE
Je suis sourd.
EUPHROSINE. '
Eh ! monsieur , ne vous prévalez p-<iS De ce qu'à ve> désirs mon père tend les bras : Songez que ^ ous m'aimez, et que je vous en prie,
ÉSOPE
Arrêtez-vous Je sens que j'ai Tarac attendrie.
Continuez , madame :, attendri^^sez cncor