‹ Théâtre de CampistronChapitre 222 sur 302 · ACTE V, SCÈNE IL i · texte numérisé non relu

ACTE V, SCÈNE IL i

Je vous en fais le jiij^e , et vous en crois vous-même. Pourquoi mVpouscz-vous ?

Ésope.

Parce que je vous aime.

EUPHROSI^iE.

Eh bien ! monsieur , eh bien , puisqu'il en est ainsi j

Accor.'lez-moi le temps de vous aimer aussi,

Puis-je venir à bout , quelqu'eiïort que je fasse ,

D'oublier Agenor , de vous mettre en sa place 5

D'immoler au devoir un si parfait amour ?

Le puis-je , dites-moi , dans l'espace d'un jour ?

Je ne refuse point de t;^chcr à le faii'e :

3Iais pour 3-^ réussir le temps est nécessaire.

Quand deux cœurs sont unis par des liens si forts ,

On ne les brise point sans d'extrêmes efforts.

A ma juste prière ayezrame sensible :

Si je ne les romps pas , j'y ferai mon possible.

Sur vous seul désormais tous mes sens occupés...

Ésope.

Levez un peu les yeux.

EUPHI10SI>'E.

Moi ?

Oui. Vous me trompez.

Ce langage est trop doux pour être véritable; Et dans si peu de temps on n'est point si traitable. Je yénètre aisément dans votre intention.

DORIS

Oh ! monsieur , là-dessus je suis sa caution.

j'ai le cœur sur la langue, et jamais je n'affecte...

ÉSOPE

Tout franc , la caution m'est encor plus suspecte, .îe veux bien toutefois , pour contenter vos vœux, Différer notre hymen et d'un jour , et de deux. Je vous trouve si belle , et ma flamme est si forte , Que je puis en mourir de chagrin .- mais n'importe-.

DOUTS.

Plût aux dieux î

ÉSOPF.

Plaît-il?

i46 LES FABLES D ESOPE.

DOftIS.

Quoi? Al

ÉSOPE. J

Vous invoc[uez les cieiix. ^ Donis. i

Je dis que de la mort vous préservent les dieux. Quelle perte '

Vraiment je vous suis redevable. |l

EUPHROSIKZ.

Un jour ou deux , monsieur ! etes-vous raisonnable? Pour un efl'ort si grand est-ce un terme assez long?

Ésope.

Et quel temps, s'il vous plaît, me demandez-vous donc? Voyons.

EUPHROSIAE.

Un an ou deux. Je ne })ui3 moins prétendre ; Je suis jeune...

Ésope.

Et moi vieux. Je ne saurais attendre; Avant qu'il soit deux ans, ridicule et barbon , Je voudrais bien savoir à quoi je serai bon ? Qui me fuit maintenant , qui soupire , qui pleure , En aurait dans deux ans une raison meilleure. Différer de deux jours est tout ce que je pui*. Encore est-ce beaucoup dans Tétat où je sui<. Si vous saviez...

rt■PHROSl^'E.

De griice , ayez plus de tendresse.

Peut-on rien refuser aux vo^ux d'une maîtresse ?

ÉSOPE

Je suis sourd.

EUPHROSINE. '

Eh ! monsieur , ne vous prévalez p-<iS De ce qu'à ve> désirs mon père tend les bras : Songez que ^ ous m'aimez, et que je vous en prie,

ÉSOPE

Arrêtez-vous Je sens que j'ai Tarac attendrie.

Continuez , madame :, attendri^^sez cncor

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