DEUX COMÉDIENS, ÉSOPE
LE PREMIER COMEDIEX.
Monsieur ( car par la ville on dit publiquement Que vous ne voulez pas qu'on vous traite autrement) , Choisis par notre corps , nous faisons nos délices De venir vous ofi'rir ses très-humbles services. Le soin de vos plaisirs conduit ici nos pas.
Ésope.
Eti'anger en ce lieu , je ne vous connais pas. Qu'êtes- vous , s'il vous plaît ? \ otre mine est si haute , Que peut-être en parlant ferais-je quelque faute.
LE DEUXIÈME COMÉdIEA.
Comédiens. Bientôt nous vous serons connus.
Ésope.
Come'diens ! Ho ! ho ! soyez les bien venus : Vous donnez des plaisirs dont je suis idolâtre. Hë bien ! qu'est-ce , messieurs ? comment va le the'âtre ? Combien , dans votre troupe , êtes-vous d'acteurs ?
LE PREMIER COMÉdIE>'.
Trop, Lorsque moins on y pense , il en vient au galop.
Ésope.
Tant mieux: à bien jouer le grand nombre s'excite.
LE DEUXIÈME COMÉdIEX.
Tant pis : car plus on est , plus la part est petite.
ÉSOPE
La scène est plus remplie , et chacun prend des soins...
LE PREMIER COMÉdIEX.
La scène est plus remplie , et la bourse l'est moins. Pour peu qu'en ce métier on ait le vent en poupe , Quinze acteurs, bien choisis, font une bonne troupe :