ACTE V, SCÈNE III. ï5i
Ma mère cessa de vivre ,
Quand elle accoucha de moi.
C'est donc ton père ? Mon père Du boucher inhumain a senti la fureur.
C'est donc ta sœur , ou ton frère ?
Je n'ai ni frère ni sœur.
Oh bien ! qui que ce soit , il faut que je me venge : Je suis las d'e'couter tout ce que tu me dis. Lors , sans plus de raison , il Tégorge et le mange . Force grands font de même à l'égard des petits.
ÎS'est-il pas vrai?
COLIXETTE.
Pierrot, le joli petitconte!
PIERROT
Et fi mordie I le loup devrait mourir de honte : L'agneau beuvait à part, et ne lui disait mot.
Ésope.
Ma pauvre Colinelte, et mon pauvre Pierrot, Voilà comme à peu près , par le commun usage , Font envers leurs vassaux les seigneurs de village. Quand d'un bois ou d'un champ il leur plaît un morceau. Des agneaux malheureux troublent toujours leur eau ; Et pour peu qu'on re'siste aux raisons qu'ils se forgent , IN on contens de les tondre , on voit qu'ils les égorgent , Il sera bientôt nuit , et vous êtes de loin • Adieu. De cet enfant ayez beaucoup de soin. Je ne partirai point sans lui rendre justice.
PIERROT
Ecoutez , je savons comme on paye un sarvice : Si vous en usez bien , à biau jeu biau retour.
COLINETTE.
K'allez point nous bailler d'iau be'nite de cour.
On dit qu'en ce lieu-là l'on fait semblant qu'on s'aime;
Et que promettre et rien c'est quasiment de même.
ÉSOPE
Allez , je suis sincère , et le suis en tout lieu.
PIERPOT.
Adieu. Je vous quittons. Yoici du monde.
i5t LES FABLES D'ÉSOPE.
ÉsorE.
Adieu.
PIERROT
Mordië , plus je le vois , moins je devine comme On a mis tant d'esprit dans un si vilain homme.