‹ Théâtre de CampistronChapitre 250 sur 302 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

ÉSOPE, RODOPE.

^ ous me suivez en vain 5 souffrez que je respire. Ne vous ai-je pas dit ce que j'avais à dire ? Je n'ai rien oublié , dans mon juste couri'oux , Des sujets de chagrin que j'avais contre vous. C'est dans ce lieu, vous dis-je, où le conseil s'assemble, Et je ne prétends pas qu'on nous y trouve ensemble : J'ai mes raisons.

RODOPE.

• Et moi j'ai les miennes aussi Pour ne me pas résoudre à vous quitter ainsi. 11 est juste à mon tour que je vous entretienne.

ÉSOPE

Le roi dans un moment vient ici.

RODOPE.

Qu'il y vienne :

Jusqu'à ce qu'il y soit je ne vous quitte pas.

ÉSOPE

Vous croyez m'éblouir par vos trompeurs appas :

Tout difforme et hideux que vous paraisse Esope.

Ne vous en flattez pas , infidèle Piodope ^

Vos yeux n'ont plus sur moi le pouvoir qu'il ont eu :

Je vous abuserais si je yous l'avais tu.

Honteux d'avoir vécu dans votre indigne chaîne,

Plus j'eus d'amour pour vous , plus j'ai pour vous d*

haine.

Je ne sais point de terme à pouvoir l'exprimer.

RODOPE.

Vous me haïssez trop pour ne me plus aimer.

i8o ESOPE A LA COUR.

ÉSOPE

iVcr; vos charmes pour moi n'ont plus aucune amorce.

RODOPE.

A os remords seront vains si nous faisons divorce : Pensez-j' bien , de grâce , avant d'en venir là ^ Et si vous m'en croyez , n'éprouvez point cela. Suivons aveugle'ment la route accoutumée : Je suis ce que j'étais quand vous m'avez aimée , J'en jure...

ÉSOPE

Epargnez-vous des sermens superflus :

Vous étiez vertueuse , et vous ne l'êtes plus. Pendant cinq ou six mois qu'a duré mon absence ,. "\ ous avez tout perdu , foi , pudeur, innocence; Et les honteux attraits qui vous sont demeurés , Par l'emploi qu'ils ont eu sont tous détîgurés.

RODOPE.

vSi c'est là mon portrait , et que je lui ressemble ,

Je ne m'étonne pas de nous voir mal enseml)le.

Sur quelle conjecture avez-vous ces soupçons?

J'aurais fait un beau fruit de toutes vos leçons !

Ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai su vous le dire ;

J'aime à me divertir, à folâtrer , à rire,

Et , paitout où je vais , les {illes que je voi

A peu près de même âge ont même goût que moi.

C'est de vous que je tiens qu'une fille avisée

Doit avoir un air libre , une manière aisée ,

Et qu'il n'est presque rien dont on ne vienne à bout,

Lorsqu'avec bienséance on s'accommode à tout.

De quoi vous plaignez-vous ? je suis votre doctrine ;

VcuJ-on rire ? je ris ; badiner ? je badine :

INlais , dans tous les plaisirs dont je vous fais l'aveu ,

Ce n'est qu'amusement, qu'innocence, que jeu.

ÉSOPE

Ah ! Rodope, Rodope, à qui j'avais envie De donner les momens les plus chers de ma vie , Mort cœur, qui sans tendresseaurait moins de courroux» -Préviendrait vos raisons , s'il en était pour vous. Je no me. souviens point de vous avoir instruite

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