‹ Théâtre de CampistronChapitre 251 sur 302 · ACTE II , SCÈ:NE I. i8i · texte numérisé non relu

ACTE II , SCÈ:NE I. i8i

A vivre sans éf;ards, sans pudeur , sans conduite ;

^Tais je me souviens bien rie vous avoir ajipris

Qu'un orgueil ridicule attirait du mépris ;

Qu'im air libre, enjoué' , seyait bien à votre ;1ge :

rNIais , Rodope , un air libre est-ce un libertinage ?

Et dans ce que je fais , ni dans ce que j'écris ,

3Fc ^ oit-on d'aucun vice infecter les esprits?

Si d'un remords au moins voxis vous sentez capable ,

Profitez des leçons que contient cette fable,

Et Aoyez à quel point on doit être confus

D'avoir eu de l'honneur et de n'en avoir plus.

LE JARDIMER ET l'a>E.

L' -ne d'un jardinier fleuriste Ayant potir le marcbé des paniers pleins de fleurs ,

Pour en savourer les douceurs "Une foule de gets le suivaient à la piste. !îMais il trouve au retour un contraire destin ; Pour s(" fiiire maudire il suffît qu'il se montre :

Ceux qui le suivaient le matin ,

Le soir évitent sa rencontre.

jN'c t'en étonne pas , lui dit le jardinier • Ces clfets dilTcrens ont difTc'rentes causer :

Ce matin tu portais des roses ,

Ce soir tu portes du fumier:

Qui suivait ce matin ta senteur agréable , Ce soir fuit fa puanteur:

Tant on devient effroyable Quand on perd sa bonne odeur !

"Vous reconnaissez-vous , Rodope , en cette fable?

ROUOPE.

Non ; l'application n'en est pas raisonnable : Je veux bien ressembler à Tàne du matin ; Mais à celui an soir j'en aurais du chagrin. J'ai retpnu de vous mille agréables choses D'une aussi bonne odeur que les paniers de roses • iN'ais on ne m'a point vue, oubliant mon devoir, Le maîin vertueuse et coupable le soir.

i83 ESOPE A LA COUR.

Je hais Thonneur féiocc et la vert» chagrine : Je vous Tai déjà dit , je ris , charité , hadine ; Et, croyant ma conduite exempte de remords , Je ne prends aucun soin de sauver les dehors. Il est vrai qn'on en parle , et que de vieilles dames , Dont le cœur est encor susceptible de flammes, Faciles à remplir les désirs d'un amant , Ne peuvent présumer qu''on rie innocemment: Et jamais à Tamour n'ayant été rebelles , Elles jugent de moi comme elles jugent d'elles. Rien n'est plus dangereux dans leurs petits complots Que ces femmes de bien qui le sont à huis clos • Qui des moindres plaisirs condamnent Tinnocence, Et trouvent tout permis en sauvant Tapparcuce. Pour moi , qui marche droit , je ne me contrains pas.

ÉSOPE

Que vous avez, traîtresse , et d'esprit et d'appas! Quand le ciel vous forma sur un si beau modèle, Que ne vous faisait-il aussi sage que belle! 11 vous a dénié le plus grand bien de tous : Et je vais être faible autant et plus que vous. Me trompé-je? Ètes-vous fidèle à votre gloire? Tâchez, s'il est possible , à me le faire croire: Vous aurez peu de peine à me persuader ; Mon cœur à se trahir demande à vous aider ; Vous le verrez se rendre à la plus faible excuse ; Parlez.

KODOPL.

Me'ritez-vous que je vous désabuse ?

Combien d'injures...

ÉSOPE

Trop pour dinnocens appas , Trop peu , si j'ai raison et qu'ils ne le soient pas. Mais adieu : le roi vient ; retirez-vous de gnlce. Soit que je vous épouse, ou qu'un autre le fasse, S'il en est temps encor, faites que votre époux IV'ait aucune raison de se plaindre de vous , Et portez-lui pour dot , comme une rare offrande , Toute l'intégrité que l'hymen vous demande.

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