‹ Théâtre de CampistronChapitre 253 sur 302 · LE COQ ET LA POULETTE · texte numérisé non relu

LE COQ ET LA POULETTE

"Un jeune coq des mieux huppés ,

En rodant par son voisinage , D'une jeune poulette aussi belle que sage Eut les yeux et le cœur également frappés. Le coq étant fort beau, comme elle était fort belle. Elle sentit pour lui ce qu'il sentait pour elle ^ Leurs cœurs des mêmes traits furent tous deux blessés ^ Et tous deux pénétrés de la même tendresse : Du matin jusqu'au soir ils se voyaient sans cesse ,

Et ne se voyaient pas assez.

Pendant que l'un et l'autre à l'amour s'abandonnent.

Et qu'ils jurent si tendrement

De s'aimer éternellemeot , Leurs sévères parens autrement en ordonnent.

Le père du coq le contraint

A quitter sa chère poulette ; En vain de sa rigueur il gémit et se plaint , Il faut qu'il obéisse, ou qu'il fasse retiaite. D'abord il va percher sur le toit le plus haut

De la plus déserte cabane ; Mais , faute d'aliment, il lui fallut bientôt Epouser en pestant une poule faisanne.

Ces époux, dès le premier jour,

Empêchés de leur contenance,

S'étant mariés sans amour,

Se traitèrent sans complaisance.

Outre qu'ils négligeaient le soin De se dire des yeux quelque chose de tendre , Leur langage à tous deux était un baragouin

Que chacun ne pouvait entendre.

Quand le coq chantait ou parlait.

Sa faisanne eût juré que c'étaient des murmures ,

Quand la faisanne l'appelait ,

i86 ESOPE A LA COUR.

Il croyait ouïr des injures ; En un mot, leur destin ne lit point d'envieux.

Il faut que , pour bien vivre ensemble : L'amour ait soin d'unir ce que Thymen assemble :

Il est sûr qu'on s'entend mieux.

Qu'à vos dcsirs , seigneur, Arsinoe' réponde ,

jN'étes-vous pas le roi le plus heureux du monde?

Sans un besnin pressant , qu'à peine je concoi ,

Pourquoi chercher ailleurs ce que l'on a chez soi'

Les diilcrentes mœurs , le difTërent langage ,

Ne sont pas des liens par où le cœur s'engage^

Et sur celui des rois c'est faire un attentat

Que de l'assujettir aux maximes d'état.

Pour contenter le peuple et le roi de Phrygie.

Accordez-lui la paix sans épouser Argie :

Vous auriez , elle et vous, des chagrins infinis;

Vos états seraient joints , et vos cœurs désunis.

Jamais félicité n'eût été plus parfaite ,

Que le bonheur d'i coq s'ileUt eu sa poulette;

î^ans cesse de l'hvmen ii se serait loué,

Comme fera Cré>;ns avec Arsinoé :

Sa vertu vous répond d'un bonheur infaillible.

cr.Ésus.

Que tu me touches bien par où je suis sensible! Pressé par tes raisons , je vais mettre à ses pieds Tout ce qu'a d'éclatant le trône où je me sieds ; Et lui faire savoir par un récit fidèle Avec quelle chaleur tu m'as parlé pour elle.

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