ACTE II, SCENE III
Vous le servez si bien que , d'un commun aveu , Quoi qu'il fasse pour vous , il fait encor trop peu.
TIRRÈNE.
Combien ai-je d'Iphis soubaité la disgriîce Pour avoir le ])laisir de vous voir en sa place I Il en était indigue , et vous la méritez.
TRASIBULE.
C'était un misérable en proie aux lâcbete's , Oui pour toute raison écoutait ses caj)rices , Et qui pour s'enrichir faisait mille injustices.
TîRRi::xE.
Il était violent, vindicatif, brutal, Lent à faire du bien , prompt à faire du mal 5 Faisant tout son bonheur de traverser le votre, Et n'obligeant quelqu'un que pour nuire à quelque
autre ; Ln esprit inégal , un discernement faux.
TRASITîULE.
Je veux en un seul mot dire tous ses de'fauts 5
Ciesus avec raison l'extermine et Tassomrae :
Il n'est pas sur la terre un plus malhonnête homme.
A vous en deûcr vous avez intérêt •
Il est fourbe , méchant...
Dites-moi, s'il vous plaît , "V ous fcrais-je plaisir de vous dire une fable Sur, le coup impre'vu dont la rigueur l'accable ? Sa peinture et la voti e y sont en raccourci.
TlRRiùXE.
Je vous en prie.
TRASIIîl-'LE.
Et moi je vous en prie aussi :
J'en conçois par avance une idée agréable.
Ésope.
K'cn perdez pas un mol, tout en est profitable.
LE FICriER FOUDROYÉ.
Prts de Lesbos fut jadis un figuier
Qui rapportait le plus beau fruit du monde;
il^ ESOPE A LA COUR.
Plante sur le bord d'un vivier ,
Il se lavait les pieds dans Ponde j Tous les oiseaux d'alentour îje donnaient rendez-vous sous sou épais feuillage y Et , tant que durait le jour , Ils y chantaient leur amour.
Et beni>saient sou onabrage.
3ïais , comme dans le monde il n'est rien de certain. Et que c'est une mer qui u'cst point sans naufrage ,
Après un temps calme et seicin , Il survint tout-à-coup un furieux orage. Les vents eu un moment agitèrent les airs j Il semblait que la pluie inonderait la terre •
Enfin, après beaucoup d'ècIairs, Le figuier malheui'eux fut frappé du tonnerre. Les oiseaux , efi'rayès d'entendre un si grand bruit, J3ans le hameau prochain vont cliercher un asile ; Et, l'orage passé, chacun d'eux s'entre-suit Pour venir habiter sou premier domicile : 3lais Varbre qui pour eux avait eu tant d'appas, Accablé sous le faix d'une telle disgrâce,
Avait si fort changé de face
Qu'on ne le reconnaissait pas.
Les premiers qui le reconnurent
Furent un milan, un autour,
Qui l'insultèrent tour-à-tour, Et, pour ne le point voir à Tinstant, disparurent :
Suivez-nous et vous ferez bien , Dirent-ils aux oiseaux qu'ils crurent pitoyables \ Celiguier, désormais au rang des misérables,
]Ne peut plus nous servir à rien.
Pour moi , dit une tourterelle , Connue aux environs pour un oiseau d'honneur , Je prétends partager sa fortune cruelle , Puisque ]'ai partagé ce qu'il eut de bonheur. Il m'a tant fait de bien , reprit une colombe ^
Que je m'en souviendrai toujours; Je veux être avec lui le reste de mes jours ,
Dans qiiclque disgrâce qu'il tombe.