CRÉSUS, ÉSOPE
Mon aspect t'embarrasse 3 De î'indiscrci fphis tu demander la grâce.
194 ÉSOPE A LA COLK.
Je sais que la cle'mence est la vertu des rois . Et tu me Tas toi-merae appris assez de fois. 3Iais , après les bienfaits dont il m'est redevable , L'injure qu'il m'a faite est-elle pardonnable ? Et sans te prévenir, si tu veux v penser , Puis-je lui faire grâce , et peux-tu m'en presser?
ÉSOPE
Je ne veux point, seigneur, pour avoir cette grâce ,
Par de vaines raisons excuser son audace ;
Je vous l'ai déjà dit , c'est avec équité
Que vous l'avez puni de sa témérité;
Alais quand votre justice a ce qu'elle souhaite ^
Votre bonté, seij^neur, est-elle satisfaite?
Le trouble où je vous vois me fait connaître assez.
Que vous pardonnez mieux que vous ne puni.ssez.
Quel plaisir ont les rois de pouvoir faire grâce !
CRÉSCS.
Songes-tu que d'Iphis je t'ai donné la place ? Puis-je lui pardonner sans la lui rendre ?
ÉSOPE
IV on.
Je remets en vos mains un si précieux don : Plus on est élevé , plus on cause d'ombrage 5 Un vaisseau trop chargé n'est pas loin du naufrage Au lieu qu'il vogue à l'aise et ne craint nul assaut, Quand il n'a justement que le poids qu'il lui faut. Les bienfaits excessifs font souvent qu'on raisonne Contre qui les reçoit et contre qui les donne ; Et si j'osais , seigneur , prendre la liberté De donner tout son lustre à cette vérité . Je vous rapporterais un p<;tit trait d'histoire Digne qu'un grand monarque en garde la mémoire Peut-être à ce sujet cadre-t-il assez Ijien.
CRÉSUS
Parle : j'écoute tout d'un zèle égal au tien.
ÉSOPE
En été , que la pluie est chaude et passagère , Un des rois vos aïeux , chassant avec si cour, Vit ])leuvoir dans une rivière ,