‹ Théâtre de CampistronChapitre 261 sur 302 · ACTE m, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE m, SCENE II

Et ne vit point pkuvoir aux endroits d'alentour. Comme il en témoignait une surprise extrême : Seigneur , dit à ce prince un de ses courtisans ,

Voilà comme sont vos presens ;

C'est de l'eau qui tombe en l'eau même : Ceux sur qui tous les jours vous versez vos bienfaits, Semblent être accables sous ce précieux faix ; Ils en sont si charges qu'ils n'en savent que faire ;

Pendant que tant de malheureux , A qui votre boute serait si nécessaire , Avec un zèle égal n'attirent rien sur eux. J'ai tort, lui dit le roi, d'eu user de la sorte : Cet avis est utile , et je veux m'en servir. Vers qui que ce puisse être où mon penchant m'emporte , Je veux les contenter , et non les assouvir. En suivant des conseils aussi bons que les vôtres , Mes bienfaits pai'tagès deviendront plus communs :

J'en veux faire un peu moins aux uns,

Pour en faii'e un peu plus aux auti'es.

Seigneur , vos sentimens sont conformes aux siens : !Non content d'enrichir, vous accablez de biens j Par des soins prevenans votre ame bienfaisante En répand sur un seul de quoi suffire à trente ^ Et ce qu'un seul obtient , répandu sur chacun , Vous feriez trente heureux , et vous n'en faites qu'un Qui de vos propres biens, riche comme vous l'êtes, Ke prend plus aucun goût à ceux que vous lui faites. Par exemple, seigneur, trente braves guerriers Qu'on a vus de leur sang arroser vos lauriers , Au sentier de la gloire encor prêts à vous suivre, D'un seul de vos bienfaits auraient tous de quoi vivre. Par vos ordres exprès je vous parle sans fard : Vous le voulez.

CRÉSUS

Pourquoi t'ai-je connu si tard ?

Qu'un monarque est lieureux quand un ami fkléle Joint un si grand respect avec un si grand zèle î

Mais rinsolcnt Iphis avec un ton brutal...

ÉSOPE

Peut-rtrc à sa manière a-t-il un zèle égal :

Il n'est pas à la cour le premier qui s'oublie,

Et qui devienne sage après une folie.

Combien en a-t-on vu de toutes qualités

Qui, pendant leur jeunesse, imprudens, emportes,

Dans un âge plus mûr, dépouilles de tous vices.

Vous ont rendu, seigneur, de signalés services?

Rendez-lui vos bontés : sensible à ce bienfait ,

11 vous rendra service encor mieux qu'il n'a fait.

Le ciel, à ce propos, me suggère une fable

Qui peut-être à mes vœux vous lendra favorable :

Pour fléchir votre cœur c'est mon dernier moyen.

Ce que je vous demande est de TécouTcr bien.

Je ne dirai plus rien si ma fable est frivole.

CIÎÉSUS.

J'écoute : souviens-toi de me tenir parole.

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