‹ Théâtre de CampistronChapitre 265 sur 302 · ACTE m, SCÈNE HI · texte numérisé non relu

ACTE m, SCÈNE HI

Pour me bien définir je ne sais point de phrase.

IPUICRATE.

Je viens pour la liqueur , et non pas pour le vase. Le cori)s , quel ([u'il puisse etie , est l'ouvrage d'autrui ; Mais la vertu d'un liomme est son ouvrage à lui • Et je croirais lui faire une injustice extrême Si je ne le voyais par son mérite même.

ÉSOPE

Quand j'aurais un rae'rite à vous frapper les yeux^ ]\e le devrais-je pas à la bonté des dieux ?

IPHICRATE^

Des dieux ? bon !

ÉSOPE

Comment bon ?

IPHICRATE

Eh quoi ! vous qu'on renorarae , Vous avez la faiblesse et l'erreur d'un autre homme I Vous croyez donc devoir votre mérite aux dieux?

ÉSOPE

Avant que vous et moi nous nous expliquions mieux , Avec qui , s'il vous plaît , ai-je ici l'honneur d'être?

IPHICRATE

On me nomme Iphicrate , et vous m'allez connaître ;

Je ne sais ici-bas d'autre félicité

Que dans une flatteuse et douce volupté;

IVon dans la volupté dont le peuple s'entête ,

Qu'on évite avec soin pour peu qu'on soit honnête,

Et qui, pour des plaisirs peu durables et faux,

Cause presque toujours de véritables maux.

J'appelle volupté p-opiement ce qu'on nomme

jXe se reprocher rien et vivre en honnête homme.

Appuyer l'innocent contre l'iniquité ,

Briller moins par l'esprit que par la probité ,

Du mciite opprimé réparer l'injustice ,

Ne souhaiter du bien que pour rendre service,

Etre accessible à tous par son humanité :

Non , rien n'est comparable à cette volupté,

ÉSOPE

Votre plaisir est grand , je n'en fais point de doute,

A suivre une si juste et si charmante route : Je ne vous cèle point que je suis enchanté De cette délicate et pure volupté j Je rends grâces aux dieux...

IPHICRÀTE.

Eh quoi ! les dieux encor ?

Laissez là ces beaux noms que le vulgaire adore ; Peut-on être si faible avec tant de raison ?

ÉSOPE

Vous ne croyez donc pas qu'il soit des dieux ?

IPHICRATE

Moi ? non j Et vous ne le croyez non plus que moi , je i:)ense.

Vous le conjectui'ez avec peu d'apparence :

Sur quoi vous fondez-vous pour n'en pas croire ?

IPHICRATE

Moi ?

Sur quoi vous fondez-vous pour en croire ?

ÉSOPE

Sur quoi ?

J'ai, vous n'en doutez jias, pour moi le plus grand nombre.

IPHICRATE

Il est vrai ; mais qui marche à tâtons et dans l'ombre, Qui bronche à chaque pas, chancelle à chaque point, Et qui les craint si peu , que c'est n'en croire point. Les dieux doivent leur être aux faiblesses des hommes.

ÉSOPE

JXe convenez-vous pas que vous et moi nous sommes ?

IPHICRATE

Sans doute.

ÉSOPE

Croyez-vous que nous venions de rien ?

Mon père avait son père , et son père le sien ^ Et que nous parcourions mes aïeux ou les vôtres, Il en faut un j^remier d'où soient venus les autres ; Vous êtes trop prudent pour me nier cela. Eh ! qui donc . je vous prie , a fait ce premier-là î*

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