ACTE m, SCÈNE III. 20 r
Voilà sur quel article il faut qu'on me re'ponde.
IPHICr.ÀTE.
Je crois Thorarae éternel de merae que le monde.
ÉSOPE
Peut-il être e'ternel et sujet au trépas? Il commence et finit , vous ne l'ignorez pas : Tout être dépendant vient d'un être suprême ; Et ce que nous voyons ne s'est point fait soi-même. Jetez les yeux partout : Tair , la terre , les eaux , Le ciel où jour et nuit brillent des feux si beaux; L'ordre toujours égal des saisons , des planètes , Prouve par quelles mains elles ont été faites. Vous qui paraissez être homme ferme , esprit-fort , Parce que d'un peu loin vous croyez voir la mort , Si par quelque accident , maladie ou blessure , Dans une heure au plus tard votre mort était sAre, Penseriez-vous des dieux ce que vous en pensez ? Et pour n'y croire pas seriez-vous ferme assez ? Parlez de bonne foi sur le fait que je pose.
IPHICRATE
Si je devais mourir dans une heure ?
ÉSOPE
Oui.
IPHICRATE
La chose Est un peu délicate , et je ne sais pas bien...
ÉSOPE
Croiriez-vous quelque chose , ou ne croiriez-vous rien?
Vous et tous vos pareils qui semblez intrépides ,
A l'aspect de la mort vous êtes si timides ,
Que pour un insensé qui craint d'oavrirles yeux ,
Mille de cris perçans importunent les dieux :
S'il vous fallait mourir que croiriez-vous'''
IPHICRATE
Peut-être Que mon cœur combattu parla peur du non-être
ÉSOPE
Eh! monsieur, le non-être est ce qu'on craint le moins j La peur d'être toujours cause bien d'autres soins :
Le passe fait trembler, ravcnir emhairasse. Mais, sans nous écarter , repondez-raoi , de grâce : Si vous deviez mourir dans une heure au plus tard , Que croiriez-vous ? Parlez .^ans ëuigme et sans fard.
IPHICPATE.
Saus e'nigme et sans fard ? Je ne suis pas un homrae
Qui parle nom d*'athëe aime iju'on me renomme j
Je ne dispute point pour vouloir disputer ;
Je cherche à m'éclaircir, et non pas à douter.
Loin d''avoir du plaisir , j'ai de l'inquiétude
A flotter dans le trouble et danslincertitude ;
Et, chagrin contre moi rl'avoir ainsi vécu ,
Le bonheur où j'aspire est d'être convaincu.
J'ai vu la mort de près dans plus d'une bataille ;
Je l'ai vue à l'assaut de plus d'une muraille,
Sans que dans ce péril elle ait pu m'inspirer
j\i de croire des dieus , ni de les implorer.
Peut-être ma carrière approchant de son terme,
Que dans ces sentimcns je ne suis plus si ferme ,
Et que si dans une heure au plus tard je mourais,
Plus juste , ou plus craintif, je les implorerais.
Eh ! que ne fait-on point quand il faut que l'on meure?
Ésope.
Votre raison alors sera-t-elle meilleure ? Aurez-vous de l'esprit plus que vous n'en avez? Saurez-vous sur ce point plus que vous ne savez ? Seront-ce d'autres dieux, ou sera-ce un autre homme? Pouvez-vous ne rien croire et dormir d'un bon somme? De la vie à la mort il s'agit d'un instant : Et que peut-on risquer qui soit plus important? Qui dit dieux dit vengeurs; et leur foudre...
IPHICUATE.
Au contraire.
Qui dit dieux dit démens; un remords bien sincère Arrête en expirant leur foudre prête à choir.
ÉSOPE
Eh î ce remords sincère est-on sûr de l'avoir? Sur le point d'expirer , quoi qu'on se persuade. Le repentir est faible autant que le malade.