‹ Théâtre de CampistronChapitre 274 sur 302 · ACTE III, SCENE IX · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE IX

Ésope.

C'est ce que je demande et de quoi je vous prie.

tE FLEUVE ET LA SOURCE.

Un fleuve, enflé d'orgueil de l'abondance d'eau Qui de plusieurs endroits avait grossi sa course. Avec indignité' désavoua la source Quira\ait en naissant fait un simple ruisseau. Ingrat ! lui dit la source , à qui ce coup fut rude , Que tu reconnais mal ma tendresse et mes soins ! Quelque injuste raison qu'ait ton ingratitude , Sans moi , qui ne suis rien , tu serais encor moins.

Eh bien ! de cette fable avez-vous l'ame émue ^ Sentez-vous qu'en secret votre cœur se remue ? Vous pleurez !

RODOPE.

Est-ce à tort? je suis au désespoir !

J'ai trahi la nature, oublié mon devoir, Sacrilîé ma gloire à des chimères vaines , Et fait taire le sang qui coule dans mes veines. Semblable au fleuve ingrat , né d'un faible risisseau , Qui méconnut sa source , orgueilleux de son eau, Ayant recule jour d'une esclave étrangère , Par orgueil, comme lui, j'ai méconnu ma mère.

ÉSOPE

Vous , Rodope ?

RODOPE.

Moi-même. Est-il rien de si bas ?

Surprise d'un accueil qu'elle n'attendait pas , rt Eli bien! m'a-t-elle dit en versant quelques larmes, j) Rassurez-vous , Rodope, et nayez point d'alarmes: 3> Prête à m' aller rejoindre à mes paU\Tes aïeux , :» Je venais vous prier de me fermer les yeux , 3> Et croyais que le sort , lassé de me poursuivre , » Souîïrirait qu'avec vous j'achevasse de vivre : 3> Puisqu'il est si contraire à mes plus doux souhait», « Tout ce que je demande est de mourir en paix. » Adieu, w La pauvre femme à rin.stant est sortie ,

Et pour s'en retourner est sans tloute partie. A peine de ma chambre a-t-elle été dehors , Que pour la retrouver j"ai fait de vain» efforts. Faites , au nom des Dieux , qu'on me rende ma mère , Plus elle est malheiirt-use , et plus elle m'est chère : Je veux souffrir sa pemc , ou me faire un honneur De lui voir avec moi partager mon bonheur. Calmez Témotion où me met votre fable.

Ésort:.

Ce que vous m'avez dit . Rodope , est-il croyable?

RODOrîT.

ISon , il n'est pas croyable , à vous parler sans fard , Qu^un enfant pour sa mère ait eu si peu d'égard. Si mon crime fut grand , mon remords est extrême : Envoyez après elle , ou bien j'y vais moi-même. Je ne puis sans la voir demeurer^lus long-temps.

Ésope.

Est-ce d'un coeur touché que part ce que j'entends? IN'e me faites-vous point une promesse vaine ?

RODOrZ.

Quel plaisir prenez-vous à pi'olonger ma peine ? Les momens sont trop chers pourles perdre en discours. INla mère à qui tout marque a besoin de secours : Je dois à sa misère une prompte assistance.

J'entrevois dans ce zèle un peu de l>ienséance , Ln amour tendre et pur ne vous fait point agir ^ C'est la crainte du blâme et la peur de rougir : Votre faute est secrète et deviendrait publique ; Et la nature agit moins que la politique.

RODOPE.

3Ton cœur , de vos mépris désespéré , confus , Quelque rudes qu'ils soient, en mérite encor plus j Soupçonnez d'artifice un repentir sincère , Je ne me plains de rien que des maux de ma mère^ Loin que notre dispute en termine le cours , Pendant que nous parlons ils augmentent toujours^ Ce que je sens pour elle est si pur , q ue je jure De ne prendre jamais repos ni nourriture .

Page 1