‹ Théâtre de CampistronChapitre 287 sur 302 · ACTE IV, SCÈNE V. ^iS · texte numérisé non relu

ACTE IV, SCÈNE V. ^iS

Avec sa conscience il se réconcilie ; Et, libre de tous soins , il n'a j.lus que celui De vivre eu honnête homme avec le bien d'autrui. Si vous me choisissez , et que le roi me nomme , Je doute que la ferme ait un plus habile homme. J'ai du l)icn , du crédit, et de l'argent comptant. Quant au tour du bâton vous en serez content ; \ otre peine pour moi ne sera point perdue ; Je sais trop quelle offrande à cette grâce est duc : Quoi que vous ordonniez tout me semblera bon.

Ésope.

(>u'est-ce que c'est encore que le tour du ]);\ton ? Je trouve cette phrase assez particulière.

M. ClilFFET.

Vous voulez m'avertir c^u'elle est trop familière : J'ai regret avec vous de m'en être servi.

ÉSOPF.

Vous en avez regret , et moi j eu suis ravi. Pour fxmilière , non ; je vous en justifie. Dites- moi seulement ce qu'elle signifie.

M. GP.IFFF.T.

Le tour du b-lton ?

Ésopr .

Oui.

M. GRIFFET

C'est un certain appas...

Ln profit clandestin... Vous ne l'ignorez pas...

J'ai là-dessus , vous dis-je, une ignorance extrême.

M. GKIFFET.

Pardonnez-moi.

Ésope.

Vraiment, pardonnez-moi voris-mênae.

C'est peut-être un jargon qu'on n'entend qu'en ces lieux^

SI. GRIFFET

C'est par tout l'univers ce qu''on entend le mieu:^. Que l'on aille d'un grand implorer une grâce , *îans le tour du bâton je doute qu'il la fasse ; Pour avoir un omploi de quelque financier.

sn ESOPE A LA COUR.

C'est le tour du bâton qui marche le premier ;

On ne veut rien prêter , quelques gages qu'on ofi're ,

Si le tour du bâton ne lait ouvrir le coffre;

11 n'est point de coupable un peu riche et puissant

Dont le tour du bâton ne fasse un innocent;

Point de femme qui joue , et s'en fasse une affaire ,

Que le tour du bâton ne dispose à pis faire ;

Ministres de Thémis , et prêtres d'ApoUoA ,

]\e font quoi que ce soit sans le tour du bâton;

Et tel paraît du roi le serviteur fidèle ,

Dont le tour du bâton fait les trois quarts du zèle.

Vous êtes dans un poste à le savoir fort bien.

Je vous jure pourtant que je n'en savais rien. Je vois par ces efl'ets et ces métamorphoses , Que le tour du bâton est propre à bien des choses; Mais je ne conçois point où l'on peut l'appliquer.

M. or.IFFET.

Pour vous faire plaisir je vais vous l'expliquer. Rien n'est plus nécessaire au commerce des hommes; Et , pour ne point sortir de la ferme où nous sommes. Lorsque Ton offre au roi la somme qu'il lui faut, On ne biaise point et l'on parle tout haut : Cent millions , dit-on ; plus ou moins il n'importe. On ajoute à cela, u.ais d'une voix moins forte, D'un ton beaucoup plus bas , qu'on entend biea

"pourtant, Et pour notre patron une somme de tant. Soit par reconnaissance, ou soit par politique , C'est l'usage commun qui partout se pratique. Il n'est point d'intendant en de grandes maisons , Qui n'ait le même usage et les mêmes raisons ; Quand on y fait un bail de quoi que ce puisse être, Et qu'on a dit tout haut ce que l'on otire au maître^ On prend un ton plus bas pour le revenant bon. Et voilà ce que c'est que le tour du bâton : Son étymolcgie est sensible , palpable.

ÉSOPE

Ce n'est pas le seul tour dont vous soyez capable ;

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