ACTE IV, SCEIVE V. aaS
Peu de fermiers, je crois , sont plus intelligens.
M. GFIFFET.
J'en connais quelques-uns assez habiles gens , Mais qui ne feront point, tant ils sont débonnaires , ÎNi le bien de l'état, ni leurs propres aflaires. Pour faire aller le peuple il faut être plus dur.
Il est vrai : vous voulez le bien public tout pur. Vous avez l'appétit toujours bon?
M. GRIIFET.
Je dévore.
Ésope.
Quel âge avez-vous bien pour travailler encore ? Ne mentez point.
M. GPIFFET.
Lundi j'eus quatre-vingt-deux n ,
ÉSOPE
Vous avez des enfanS et des petits-enfans?
M. G.n.lFFET.
Aucun ; je suis garçon. Le ciel m'a fait la gr.^ce.
De même qu'au phénix , d'être seul de ma race;
Avec économie ayant toujours vécu ,
J'ai depuis soixante ans mis écu sur écu ;
Si bien que ce matin, en consultant mes livres,
J'ai trouvé de bien clair quinze cent mille livres ,
Sans avoir un parent à qui laisser un sou.
ÉSOPE
Vous ?
M. GRIFFET
Moi.
Point d'enfans?
M. GRIFFET
Non.
ÉSOPE
Peste soit du vieux fou!- Un homme de bon sens travaille en sa jeunesse Pour passer en repos une heureuse vieillesse; Iriais c'est un insensé qu'un voyageur bien las ,
aa6 ESOPE A LA COUf».
Qui rieut se reposer, et qui ne le fait pas. Quel indigne plaisir peut avoir l'avarice ;' Et que sert d'amasser , à moins qu'on ne jouisse ? C'est bien être ennemi de son propre bonheur.
«. OKIFFET.
Je veux , si je le puis , mourir au lit d'honneur. Quelque vieux que je sois , je me sens les piedi ferme* J'ai rempli dignement tous les emplois des fermes^ Directeur, réviseur, caissier, et ccetera : Et je prétends aller jusqu'au non plus ultra • Être fermier.
ÉSOPE
Eh quoi I n'avez-vous rien à faire Et de plus sérieux et de plus ne'cessaire? La mort , toujours au guet avec son attirail , Est-elle caution que vous passitjele bail '^ Ke Tentendez-vous pas qui vous dit de l'attendre? Et que demain peut-être elle viendra vous prendre ? Il faudra tout quitter quand elle arrivera \ Et vous ne songez point à ce non plus ultra. Quel iige attendez-vous pour ctre raisonnable? Voulez-vous là -dessus t'coutcr uuefable ?
M. GFÎFFET.
Volontiers.
É>OPE
Elle est longue : aurez-vous le loisir?. , .
M. GRIFFET
Plus elle durera plus j'aurai de plai>ir :
Lue fable un peu longue est une double grâce-
Ésope.
Vous y verrez des fous dont vous suivez la tiace , Et vous en verrez tant do toutes qualités, Que -sous rétl''chirez sur vous-mtmc. Ecoutez.
APexemple d'Hercule , un certain téméraire S'étaat fait jour jusque dans les enfers.
Voulut voir des damnes les supplices divers : Ce n'était pas une petite rifiàire.