‹ Théâtre de CampistronChapitre 296 sur 302 · SCÈNE m · texte numérisé non relu

SCÈNE m

<:REfeLS, ÉSOPE, TIRRÈINE, TOASiBULE, Lrs Gardes, qui reutenneïit.

CRÉsrs.

C'esf, ton trc'sor , Esope ; avant qironrouvrp^ Et que ce qu'il ifnfevme à mes yeux se découvre , Fais-ra''en , je t'en conjure , xm sincère détail : C"estlc prix de tes soins , le fruit de ton travail. Cette épreuve t'est rude et me fait violence.

Ésope.

Cette épreuve à l'envie imposera silence ; Et je ue puis , seigneur , en être mieux venge . Qu'eu la rendant tcraoiu de tout le Lien que j'ai ; Tout ce que je dirais lui semblerait frivole.

TIRBÈSE.

Ou'atJpudez-vaus , seigneur , à nous tenir parole ? De sa fa visse fierté' faites-le repentir.

CîîÉSUS.

Eh l)ien ! puisqu'on m'y force il y faut consentir. Ouvrons. Ciel! quel spectacle est-ce ici que Fou m'offre:' Gardes.

r:f G^KBE.

Ssigneur ?

CRÉsrs.

Voyez ce qu'enferme ce cofi'i:*.

( on n'y troiwe que Vltahit d Esope quand il était esclave. ) Est-ce là le trésor qu'on m'oblige à chercher ?

Oui , seigneur ; vous voyez ce que j'ai de plus cher ^ C'est l'habit que j'avais, quand, par un sort propice , Il vou:^ plut me choisir pour me l'endre service ; Habit vil , mais qu'on porte avec tranquillité , Qu'inventa la pudeur, et non la vanité, Qui jamais contre moi n'eût soulevé l'envie Si je l'eusse porté pcxidant toute ma vie , Et que je redemande à votre majesté A^ec plus de p]ai=iir qi;c je ne I'ml quitte-.

2i6 KSOPE A LA COUR.

Comme je u'ai rien fait poUr m'attiier la haine Dont voulaient m'accabler Trasibule et Tirrène , C'est de mon crédit seul dont ils sont mc'contens : Et tous deux ne font rien qu'on n''ait fait de tout temps. Quelque-soin qu'il se donne, etquelque bien qu'il fasse, Quel ministre est aimé pendant qu'il est en place ? Et quand de sa carrière il a tini le cours , Ceux qui le haïssaient le regrettent toujours. D'un si dangereux poste approuvez ma retraite». Je connais , mais trop tard ; la faute que j'ai faite. Que ferais-je à la cour , moi qui ne suis, seigneur , Hypocrite , jaloux , médisant , ni flatteur ?

CKÉsrs.

Pour ta retraite , non ; tu m'es trop nécessaire. Mais pourquoi cet habit , et qu'eu voulais-tu faire ? Quel bizarre plaisir t'obligeait à le voir ?

ÉSOPE

L'orgueil suit de si près un extrême pouvoir ,

Que souvent dans la place où j'avais l'honneur d'ctrey

De ma faible raison je n'étais pas le maître ;

Souvent l'éclat flatteur de ce rang fortuné ,

M'élevant au-dessus de ce que je suis né ^

Pour être toujours prêt à rentrer en moi-même,

Je gardais ce témoin de ma misère extrême;

Et quand l'orgueil sur moi prenait trop de crédit,

Jej-edevenais humble eu voyant mon habit.

Voilà tout mon trésor : quelque peu qu'il me coftfc ,

Je ne m'en dédis point , c'est un trésor , sans doute ^

Puisque , lorsqu'on travaille à me sacrifier ,

Il vient à mon secours pour me justifier.

Si contre mon devoir c'est tout ce qu'on oppose,

Combien de gens, seigneur, s'ils faisaient même chose.

Sachant ce qu'ils étaient , et voyant ce qu'ils sont , r

Auraient à votre cour moins d'orgueil qu'iWu'en ont!

créscs.

Eh bien ! mes vrais amis, que ce succès désole > Vous ne me pressez plus de vous tenir parole ? Je vous pardonnerais un effo)t plus puissant, Pour me faire trouver un coupable innocent ;

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