ACTE m, SCETSE III. 3i
Eli ! que voudraii-tu donc, îMarlian , que je fisse ? \
Peux-tu bien concevoir dans ces tristes momens
La rigueur de mon sort , mes craintes, raestourmens?
On me prive à jamais de tout ce que j'adore ;
Je vois dans la splendeur deux hommes que j'abhorre^
DontTinjuste pouvoir, à me nuire obstiné ,
JMe rend presque odieux le sang dont je suis ne'.
]M aigre tant de raisons , malgré tant de contrainte ,
Laissé-je un seul moment échapper quelque plainte ?
J'étouffe mes soupirs , j'étouffe mes regrets ;
Je ne punis que moi des maux que Ton m'a faits ;
Et , nourrissant mon cœur de ma mélancolie ,
D'un malheur éternel j'empoisonne ma vie.
Enfin , lassé de voir des objets si cruels,
Pour m'épargner des coups ou des vœux crimiiîcL-- ;
^Tnins soigneux de rnes jours que de mon innocence ,
Je demande par gri\ce à partir de Bysance ,
Et d'aller exercer mon courage et mon bras
A soumettre , à calmer de rebelles états :
On me refuse encor l'emploi que je demande.
On soupçonne ma foi ^ je vois qu'on m'appréhende :
On m'impute à forfait le soin de m' éloigner 5
On me croit dévoie de l'ardeur de régner-
Et , tout prêt de tenter , par un orgueil extrême ,
Ce que je n'ai point fait en perdant ce que j'aime ,
Sur ces fausses raisons on me retient ici.
Je vois contre mes pleurs qu"an père est endurci ;
Je vois mes ennemfs triompher de nia peine :
On me lie à mes maux d'une plus forte chaîne ;
On veut me voir souffrir; et mes persécuteurs
jN'e seraient pas contens si je sèùllrais ailleurs.