ACTE I , SCE^E lîl
L'empereur a pris soin Je les cntretecir.
Nos chagrins Tont servi bien mieux que noire zèle :
Chacun de nous e'fait un ministre tidèle,
Dont les yeux attaches sur un seul ennemi ,
Toujours dans son devoir le tenaient affermi.
Ainsi, tant qu'ont dure nos haines mutuelles ,
L'empereur a joui du fruit de nos querelles :
Il fout les terminer , le jour en est venu.
L'état de cette cour , seigneur, vous est connu :
Dcj^mis près de deux mois , qu'en e'pousant Irène
L'empereur s'est lié d'une nouvelle chaîne.
Qu'enlevant la princesse à son tiis malheureux,
D'une foi tant jure'e il a rompu les nœuds,
Andronic, tout entier , se livre à la colère;
Et si , dans ses transports , il épargne sou père ,
S'il le respecte encore , ah I croyez rue sur nous
Il en fera tomber les plus funestes coups.
Il impute à nos soins sa triste destinée ;
Il croit que , pour résoudre un second hj-ménéc ,
Enfin pour en former les injustes liens ,
L'empereur a suivi vos conseils et les micus.
Nos périls sont égaux , nos craintes sont commune? ;
St loueur, associons nos cœurs et nos fortunes;
Et, pour, nous maintenir , hàions-nous de dresser
In rempart qu'Andronic ne puisse renverser.
?IARci:îVE.
Je ne sais si je puis avec quelque assurance ,
Seigneur, de vos discours bannir ];> détiance;
Mais personne en ces lieux ne peut nous écouter ;
Nous sommes seuls enfin : qu'aurais-jc à redouter .'
Quand vous m'accuseriez , votre seul témoignage
Ne peut contre ma foi donnerle moindre ombrage .
Je connais là-dessus l'esprit de l'empereur ;
Je vais donc -sous répondre et vous ouvrir mon cœuî,
iSeigneur, de vos avis je vois trop l'importance :
Le prince est plus à craindre encore ([u"on ne penrc, :.^
îl régnera. Comment nous pourrons-nous sauver ?
Pour moi , qui fus chargé du soin de l'élever,
Je me suis fait long-temps une pénible étude
8 ANDRONIC
De percer les raisons de son inquie'tiuîe :
Vous savez que , toujours solitaire , inquiet ,
Farouche , il a paru ne vivre qu'à regret ■
GrAce à mes soius . j'ai lu jusqu'au fond de son amc ^
J'ai vu son desespoir • l'ambition l'enflamme :
Au désir de régner sans cesse abandonne ,
Tout lui déplaît ici, n'étant point couronne.
(Quelque soin qu'on ait pris d'abaisser son courage ,
De doinpter son orgueil dans un long esclavage ,
On l'a vu , chaque jour, loin de s"hunnlier ,
Se riudir contre nous et devenir plus lier :
Trop instruit de ses droits , trop jdein de sa naissance.
11 ne saurait souffrir la moindre de'peudance ;
Mais surtout j'ai connu que son cœur est épris
D'une invincible horreur contre les favoris.
il voit notre pouvoir dans la cour de son père ,
Feigneur, comme un larcin que nous osons lui faire .;
Et si de l'empereur il souhaite la mort ,
C'est plus pour nous punir que pour changer de sort.
^ oilà quel est le prince ; et je puis dire encore
Qu'il est cher à la cour, que le peuple l'adore.
î)ès l'enfance , affectant une fausse pitié,
Il s'est de tout l'empire attiré l'amitié.
"Nous voj'ez qu'il soutient les rebelles Bulgares ;
Chaque jourTenvoyé de ces peuples barbares
Jj'entretient , le consulte , et près de l'empereur
Andronicl'a flatté de toute sa faveur.
Ah î rendons pour la pais leur projet inutile î
Que serions-nous tous deux dans un état tranquille^
L'empereur, libre alors de craintes et de soins ,
Etant plus absolu , nous écouterait moins.
En vain de sa tendresse il nous donne des marques :
Il est , n'en doutez point, comme tous les monarques
Qui d'une égale ardeur chérissent nos pareils ,
Et de< i)lus grands bienfaits achètent leurs conseil > ,
Tandis que le désordre ou le destin contraire
Rendent à leur grandeur ce secours nécessaire ;
?r lis , après le danger , à l'abri du malheur ,
Leur ardente amitié perd touîc sa chaleur.