‹ Théâtre de CampistronChapitre 56 sur 302 · JUSTINE, BABET · texte numérisé non relu

JUSTINE, BABET

JUSTICE

Vous voilà donc Tenue ? Approchez; il est temps Que vous preniez de moi des avis impovtans.

BABET

Vraiment, c'est une grâce où je n'osais prétendre.

JUSTICE

Fort bien ! mais avant tout commencez par m'app rendre Votre âge et votre nom.

BABET

Volontiers , j'y consens.

L'on m'appelle Babet : j'aurai bientôt vingt ans.

JUSTINE

Ah ! quel âge charmant ! Quel pays est le vôtre ?

BABET

Paris ; et vous et moi n'en connaissons point d'autre : Par un heureux destin je viens sers ir ici.

JtSTI-XE.

Connaissez-vous le train de cette maison-ci ,

De quel air on y vit , et quel homme est Dorante ?

BABET

Je sais qu'il a du moins vingt mille écus de rente ; Qu'il est homme de robe.

JUSTICE

Et , sur ce fondement , Peut-être pensez-vous qu'il vit obscurément, Et que de ses pareils Taustére économie Exerce incessamment toute sa prud'hommie ? Qu'il excelle dans l'art de vivre à peu de frais , Qu'avec le jour naissant il s'enferme au palais , Qu'à ce triste devoir son ame est asservie , Et qu'à l'amour du bien il immole sa vie ? Point du tout. C'est un homme amoureux du plaisir , Ennemi du travail , toujours plein de loisir ; Méprisant ses e'gaux, et , depuis son enfance , Nourri dans le repos , dans la magnificence; Cherchant les courtisans et les gens du bel air ; Imitant leur exemple , et les traitant de pair : Il chasse, il court le cerf, est homme de campagne ; Aime le jeu , la table , et le a in de Champagne ; Décide et parle haut parmi les beaux-esprits ; Impose, plaît, commande aux belles de Paris ; D'habits tout galonnés remplit sa garde-robe , Et n'a rien , en un mot , du métier que la robe,

BABET

Qu'il porte rarement ?

JUSTINE

On ne le peut pas moins.

Pour sa femme Célie , à qui je rends mes soins...

BABET

Eh bien ?

JUSTICE

Ses ennemis disent qu'elle est coquette, Que toujours ses regards tentent quelque défaite; Cependant ils ont tort : mais elle ne hait pas La louange et l'encens qu'on donne à ses appas. Elle s'en applaudit dans le fond de son ame : Elle a de la vertu ; mais elle est belle et femme ; Elle aime à plaisanter, à sourire en passant; Elle a l'accueil flatteur, le coup-d'œil caressant , Et croit, lorsque le cœur est en effet fidèle, Qu'un souris , qu'un regard n'est qu'une bagatelle.

Page 1