‹ Théâtre de CampistronChapitre 57 sur 302 · ACTE I, SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE I

EABET.

Une femme ainsi faite est un terrible ccueil !

JUSTINE

Ah ! que souvent Célie a confondu l'orgueil De ces he'ros d'amour remplis de confiance ! J'en ai vu qui , flattes d'une ferme espérance De trouver ce moment qui couronne l'amour , Furent, après six mois , comme le premier jour.

BABET

J'en suis persuade'e... Et la sœur de Dorante , Julie , à qui le sort me donne pour suivante , Quel est son caractère ?

lUSTINE.

Elle a de la douceur , Des appas.

BABET

Croyez-vous qu'elle ait donne son cœur.

Qu'elle aime ?

JCSTINE.

En arrivant c'est vouloir trop apprendre. , . Dame !

EABET.

Beaucoup de gens m'ont parlé de Clitandre.

JUSTINE

Qu'est-ce qu'on vous a dit ?

BABET

Qu'il fre'quentait ce'ansa. Et que Julie et lui s'aimaient depuis deux ans.

JUSTINE

Mes yeux n'ont point encor découvert ce mystère.

BABET

Ne vous défendez pas, et soyez plus sincère : Prétendez-vous cacher leur amour à ma foi ? i Dès ce jour l'un et l'autre auront besoin de moi.

JUSTINE

Ah ! vous n'en êtes point à votre apprentissage.

BABET

] J'espère par vos soins d'en savoir davantage.

; JUSTINE

Yaus n'en savez que trop ! Mais croyez néanmoins

6o LE JALOUX DÉSABUSÉ.

Que Clitandre en effet est digne de vos soins , Qu'il est doux , obligeant , généreux , magnifique.

BABET

J'entends : eloquemment votre éloge s'explique.

JUSTIXE.

Eraste, son ami , qui suit toujours ses pas , Mérite aussi qu'on Tainie et qu'on en fasse cas. Quand vous les aurez vus , ils vous plairont sans doute. Mais voici le grand point. Vous rêvez ?

EABET.

Non , j'écoute.

Si Dorante jamais va vous interroger •

Si de gré , si par force il veut ^ ous engager

A lui développer les secrets de madame ,

A veiller sur les pas de sa sœur , de sa femme ,

Gardez-vous bien surtout...

BABET

Vaine précaution !

Le mensonge est vertu dans cette occasion. Qui ne sait quel parti doit prendre une suivante, Dont le premier devoir est d'être confidente ? Ce serait dans Paris un monstre à faire peur , Qu'une qui ti'ahirait madame pour monsieur.

JUSTINE

Pardonnez si j'ai fait un discours inutile : A vous voir , j'ai bien cru que vous étiez habile ; Mais je ne pensais pas que ce fût à ce point. Vous répondez à tout et ne balancez point... Mais il est tard ^ allez trouver votre maitiesse. Et pour la bien coiffer redoublez votre adresse.

BABET

Jyvais.

JUSTINE , seule.

Quelle rusée ! O siècle ! ô temps ! ô mœurs ! Tremblez, hommes , tiemblez ! j'approuve vos terreurs ; La femme la plus simple a Tart de vous surprendre , Et toujours... jNIais voici le valet de Clitapdre.

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