SCÈNE VI
JUSTINE, DUBOIS, d'abord a quelque distance Pun de Pautre.
DUBOIS
Le détour mérite qu'on le loue :
J'en attendais de vous ua meilleur , je l'avoue. C'e'taient donc là des vers ? Vous moquez-vous de moi . Il faut ou plus d'esprit, ou plus de bonne foi.
JUSTINE , h part.
Je voudrais bien gagner ce maudit secrétaire !
DUBOIS
Que marmottez vous-là , la belle ?
JUSTINE , a part.
Comment faire ?
Secrétaire , greffier , procureur , ni sergent , N'ont jamais pu , dit-on, tenir contre l'argent : Serait-il le premier ?
DUBOIS , a part.
Fidèle à sa maîtresse , Elle a cru m'abuser avec ce tour d'adresse.
JUSTINE , a part.
Que rumine-t-iX là ?
DUBOIS , a part.
Ne pourrai-je jamais Obtenir d'être admis dans leurs conseils secrets? Que lui dire?
Cainpistron. 6
jusTisE, à part.
Je veux faire un coup de ma tête.
Dur.ois , h part.
Je sens je ne sais quoi qui m''etonne et m'arrête.
JUSTINE , h part.
Tout coup vaille ! parlons : je ne puis reculer.
DUBOIS, a part.
Avançons: un grand cœur ne doit jamais trembler. ( Ils s'auancent et se rencontrent nez a nez. )
JUSTIXE.
Ah ! pardon.
DUBOIS
De quel trouble êtes-vous donc pressée ':'
JUSTINE
Mais vous , sur quel objet portiez-vous la pensée? Vous étiez en secret puissamment a^'ité ; De grâce, contentez ma curiosité.
DUBOIS
Je ne pensais qu'à vous.
JUSTINE
A moi?
DUEOIS.
Je vous le jure.
JUSTINE
Je ne pensais qu'à vous aussi , je vous assure.
DUEOIS.
Quelle rencontre î
JUSTINE
Après quelque réflexion Sur le malheur du monde et sa confusion, Car vous devez savoir que jexcelle en morale , Par quel ordre cruel, par quelle loi fatale, Me disais- je à moi-même, est-il donc arrêté Qu'on ne trouve partout que contrariété ? Pourquoi des gens sensés , que le destin assemble , Ne s'accordent-ils pas pour vivre heureux ensemble ? DUBOIS. .{'*
Je pensais justement ce que vous avez dit.