ACTE I, SCENE VI
JUSTINE
Par exemple, Dubois, disais-je, -i de l'esprit; Tout le monde connaît ses talens, sa prudence : S'il voulait avec nous être d'intelligence , Rien ne troublerait plus nos innocens plaisirs , Et l'on voudrait en vain contraindre nos desii^s. Cependant, comme il est Tespion de Dorante, Que nous craignons ses yeux et sa langue piquante , Qu'à nous garder de lui nous travaillons toujours, Il empoisonne senl le bonheur de nos jours.
DUKOIS.
Et moi , je me disais : Se peut-il que Justine , Que l'on vante partout , et que l'on croit si fine, Juge assez mal des gens pour ne pas présumer Qu'un homme tel que moi ne doit point l'alarmer; Que mes soins , mes emplois , ma longue expérience M'ont acquis dans le monde assez de connaissance Pour ra'avoir convaincu qu'il faut fermer les yeux , Et tirer le rideau sur ce qu'on voit le mieux , Surtout lorsqu'il s'agit de la paix d'un me'nage Qu'on trouble sans retour par le plus faible ombrage
Il faut que je lui parle à ce monsieur Dubois, Et que je saciie au moins s'il entend le français. Ai-je dit. lise plaint qu'il demeure inutile, Qu'il meurt dans le loisir d'une charge stérile : L'emploi de secre'taire est mince chez monsieur; Il ne tiendra qu'à lui d'en avoir un meilleur. Je l'en revêtirai ; j'en reponds sur mon ame : Il gagnera bien plus à l'être de madame.
DtJBOIS.
C'en est trop, ai-je dit : changeons notre destin : Allons trouver Justine , expliquons-nous enfin. Faisons-lui concevoir qu'un homme de ma sorte T " Sent toujours vers le bien une ardeur qui remporte ; Que , pour en acque'rir et pour la contenter, Il n'est aucun emploi qu'il ne veuille accepter; ; oî Qu'en me formant, le Ciel m'inspira cette envie ^ G Oui ne peut de mon eceur sortir qu'avec la vie. ^T
m LE JALOUX DESABLSt.
Ainsi , sans le savoir , nous nous enti'etenions ?
DUBOl?:.
Et voyez cependant comment nous raisonnions.
JUSTINE
On ne peut pas plus juste ; et notre intelligence INIe donne désormais une en'itre e p'rance. Parle ; car entre nous il n'est plus de façons. Monsieur soupconne-t-il ce que nous lui brassons ? Est-il content de moi, de sa sœur, de sa femme? Car tu n'ignores rien des secrets de son ame.
DUBOIS
Oui , toujours avec moi son cœur s'est épanché ^ Sur cet article seul il s'est encor caché ; Je ne sais rien.
JUSTICE
Bon, bon !
DUEGÎS.
Tn on , la peste me tue î De quelques soins pourtant son ame est combattue. Car depuis quelques jours il fait de grands soupirs, Et semble avoir perdu son goût pour les plaisirs 5 Mais si le mal qu'il sent redouble ses atteintes. Il me viendi'a bientôt faire entendre ses plaintes ; Je n''en saurais douter.