‹ Théâtre de CampistronChapitre 68 sur 302 · D0RA>TE · texte numérisé non relu

D0RA>TE

Mais je vous dis pourtant la pure vérité'.

Vous avez trop de sens : j'ai trop peu de beauté'.

DORANTE

Je ne m'attendais pas à la plaisanterie. Morbleu! c'en est assez pour me mettre en furie : Madame , on ne rit point sur un pareil sujet.

cÉlie , ai^ec fierté.

Ah! c'est donc tout de bon ?... Cependant qu'ai-je fiiit Qui cause, je vous prie, un soupçon qui m'offense? Voyons.

DORANTE

Ne sauriez-vous parler sans violence?

Car enfin mon dessein n'est pas de vous fâcher.

CÉLIE

Mais encor qu'est-ce donc qu'on peut me reprocher ?

DORANTE

Les assiduite's d'Eraste , de Clitandre , De Cléon.

CÉlie.

A vous seul vous devez vous en prendre. Des trois les deux m'étaient tout-à fait inconnus , Et, conduits par vous-même, ils sont ici venus.

DORANTE

Il est vrai.

CÉLIE

Pour Clitandre , il en veut à Julie ; Et le sang dont le nœud l'un et l'autre nous lie , Fait que dès le berceau nous nous aimons tous deux.

DOBA>'TE.

Le cousin le plus proche e-;t le plus dangereux. En un mot, leurs discours, leurs soins et leurs manières Depuis un certain temps ne me conviennent guères... Ils sont toujours céans , vont vous voir dans le lit : Est-ce , entre nous , madame , ainsi qu''on se conduit ? Devriez-vous souffrir de semblables visites ?

CÉLÏE.

Mais vous, pensez-vous bien à ce que vous me dites?

IVe vous souvient-il plus avec quelle chaleur

A d'autres sentimens vous disposiez mon cœur ,

Quand , dans les premiers jours de notre mariage,

Je n'osais regarder vos amis au visage,

Et que, pour e'viter leur vue et leurs discours ,

Seule en mon cabinet je m'enfermais toujours?

« Madame, disiez-vous, vivez d'autre manière;

'> Vous êtes trop farouche et trop particulière ;

« Recevez autrement tous les gens que je voi ,

» Et n'effarouchez point ceux qui viennent chez moi;

5) Rendez à mes amis ma maison agréable ,

» Ou le se'jour pour moi n'en est plus supportable. »

En me parlant ainsi vous me les ameniez ;

Jusqu'à mon cabinet vous les introduisiez :

« Messieurs, ajoutiez-vous, divertissez madame;

)> Je sors : excusez-moi, je vous laisse ma femme. »

Sur cette confiance ils sont venus me voir :

J'ai fait ce que j'ai pu pour les bien recevoir ;

Et, pour vous obéir, j'ai suivi vos maximes :

Si vous vous eu plaignez, monsieur, ce sont vos crimes.

DORANTE , a part.

Avec quelle froideur elle voit mon chagrin î...

{aCélie.) Madame , j'avais tort , je le sais ; mais enfin En faut-il moins calmer la douleur qui me presse ? Ecartez ces objets de qui l'aspect me blesse.

CÉLIE

Mariez votre sœur : c'en est un sûr moyen. Clitandre l'aime : il a du mérite et du bien ;

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