‹ Théâtre de CampistronChapitre 67 sur 302 · SCÈNE IL · texte numérisé non relu

SCÈNE IL

CÉLIE , DORAINTE.

DORANTE , à part.

Qui ne serait trompe' par ce maintien si doux ? Croirait-on , à la voir avec un air modeste, Qu'au repos de mes jours elle fût si funeste? Cependant, Dieu le sait... Mais par où commencer ? Je tremble...

cÉlie , a part.

Mon abord semble l'embarrasser.

DORANTE, à part.

Qu'on épouse de soins lorsqu'on prend une femme î

( a Célie. ) Poursuivons toutefois... Allons... Bonjour, madame.

CÉLIE

Bonjour, monsieur.

DORANTE , a part.

Il faut lui cacher mou chagrin...

(à Célie.) Vous vous êtes levée aujourd'hui bien matin ?

CÉLIE

Un moment après vous je me suis e'veille'e, Et dans le même temps je me suis habille'e.

DORANTE

Allez-vous sortir ?

CÉLIE

Non.

DORANTE

Voudrez-vous donc souffrir Que mon cœur à vos yeux ose se de'couvrir, Que tous mes sentimens puissent ici paraître ?

CÉLIE

En pouvez-vous douter ? N'êtes-vous pas le maître ?

DORANTE

Pendant notre entretien , souvenez-vous au moin» Que vous êtes l'objet de mes plus tendres soins. Que sans cesse pour vous je soupire et je brûle.

CÉLIE , a part.

Quelle sera la fin d'un pareil préambule?

DORAîîTE.

Non, il n'est point d'époux qui, jusques à ce jour^ Ait senti pour sa femme un si parfait amour.

CÉLIE

Je le crois. Je vous suis tout-à-fait obligée.

DORAME.

Mais, plus dans cet amour mon ame est engagée, Plus elle est exposée à des troubles secrets. Quelquefois Ton se livre à d'éternels regrets Lorsqu'altérant la paix d'un heureux mariage,

(rt part.) On permet... Que je joue un triste personnage!

CÉLIE

En vérité , monsieur, je ne vous entends point.

DORAIVTE.

Les gens les plus sensés s'abusent sur ce point j On se laisse à la fin séduire à l'apparence , Jusques à condamner la plus pure innocence. Ainsi, lorsqu'une femme a soin de son honneur, C'est peu que sa vertu réponde de son cœur : Elle agit au dehors avec tant de sagesse. Qu'elle n'y montre rien dont le public se blesse ; Et, toujours attentive à ces soins importans, Brave la calomnie et les discours du temps.

Avec tous ces détours que voulez-vous me dire?

DORANTE

Ce qu'un ardent amour me découvre et m'inspire.

Vous êtes fort aimable, et je vois chaque jour

Mille gens empressés à vous faire la cour.

Ils ne vous quittent point- et leur galanterie,

Puisqu'il faut m'expliquer , passe la raillerie;

Toutes les libertés qu'ils prennent avec vous

Marquent...

cÈlie , en riant.

Qu'il vous sied mal de faire le jaloux !

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