SCÈNE IV
DORAINTE, DUBOIS.
DORAME.
Je n'en puis plus, je soufFi'e une peine ciTroyable, Dubois.
DORAXTE.
Je sors de table:
Je viens de la quitter sans avoir rien mangé.
DUBOIS
Vous trouveriez-vous mal?
DORANTE
Je suis pis qu'enrage.
Ma femme m'assassine , et met "Tout en usage Poui- me faire crever de clepit et de rage.
DUBOIS
Comment ?
DORANTE
Je n'ai rien pu gagner sur son esprit : Elle m'a chicane' sur tout ce que j'ai dit ; Et, s'armant d'artifice ou de plaisanterie, IVa traité mes chagrins que de bizarrerie.
DULOIS.
Diantre !
DORANTE
Notre entretien a très-mal réussi.
DUBOIS
Tant pis... Mais cependant que faire à tout ceci?
DORANTE
Que sais-je ? Ma raison ne me sert plus de guide. IVon , je ne vis jamais une ame plus perfide. Pendant tout le dîner que n'a-t-elle point fait? Jamais de faire éclat je n'eus tant de sujet. DUBOIS , à part.
(à Dorante.) Tant mieux ! . . . La perfidie est donc considérable ?
DORANTE
Job se serait donné cinquante fois au diable.
A moins que de le voir je n''aurais jamais cru
Ni même imaginé ce qui m'en a paru •
Et c'est un de ces faits dont la raison troublée
Pour en pouvoir douter voudrait être aveugle'e.
Tout ce qu'une coquette a jamais pratiqué
Lorsqu'elle veut surprendre un cœur qu'elle a manqué.
Soins déplaire affectés , souris , agaceries ,
Discours flatteurs , regards , gestes et lorgneries,
Ma femme devant moi vient de le répéter ,
Pour engager Eraste , ou bien pour le flatter.
DUBOIS
Devant vous ?