ACTE II r, SCENE IV
DORANTE
A ma barbe, avec une impudence A lasser d'un martyr toute la patience. INIoins timide qu'Eraste elle l'embarrassait; Et je l'ai vu rougir quand elle le pressait.
Mais VOUS, que faisiez-vous pendant ce badinage ?
DORANTE
Je murmurais tout bas en dévorant ma rage ^ Enfin , puisqu'avec toi je puis trancher le mot , Je faisais justement la ligure d'un sot.
DUBOIS
Cela n'est pas plaisant.
DORANTE
J'en suis inconsolable, j'ai manqué trente fois à renverser la table. Pour punir l'infidèle et pour me contenter. S'il m'eût été permis de la bien souffleter, Quelle eût été ma joie I
DUBOIS
Ah 1 c'en est trop.
DORANTE
Ma bile M'inspirait cet éclat flatteur autant qu'utile; Les mains me démangeaient. Mais j'ai craint les brocards Qu'on m'aurait aussitôt jeté de toutes parts... Que vous êtes heureux , vous , en qui la nature Agit sans aucun art et règne toute pure ; Qui , bravant le public et le qu'en dira-t-on. Expliquez vos chagrins à bons coups de bâton , Et que l'usage enfin , sans crainte d'aucun blâme, Autorisa toujours à battre votre femme.
Gens du peuple , artisans , porte-faix et vilains, Vous de qui la vengeance est toujours dans vos mains.
DUBOIS-
Parlez-vous tout de bon?
Oui , le diable m'emporte î Campistron. 8
On se soulage au moins en usant de la sorte.
DUBOIS
Vous vous moquez, je pense , avec de tels propos?
DORANTE
Que ne puis-je à ce prix assurer mon repos ! Mais que dois-je résoudre en cet état funeste ? Prenons sans balancer le parti qui me reste ; Courons chez mon beau-père , allons me plaindre à lui.
DCBOIS.
Eh ! croyez-vous par-là soulager votre ennui?
Ah ! gardez-vous surtout de vous plaindre à son pèro
Des chagrins que vous cause une femme légère !
Il vous condamnera s''ilest homme d'esprit,
Et vous n'emporterez que honte et que dépit.
Que gagne Licidas en suivant cette route?
Il soupire , il se plaint ; personne ne l'écoute :
Il entend publier son histoire en cent lieux.
Que d'exemples enfin sont présensà vos yeux!
Acaste hautement dit sa femme infidèle ;
Après ce grand éclat il demeure avec elle.
Arcas sait le désordre , et, passant plus avant,
Il menace la sienne et l'enferme au couvent:;
Mais bientôt, àl'insu de toute sa famille,
Il va pour la revoir sangloter à la grille :
D'abord elle résiste et feint d'être en courroux;
Elle se rend enfin aux pleurs de son époux ,
Et rapporte chez lui , pour venger son absence ,
L'orgueil, la tyrannie et l'extrême licence.
Valère , par la sienne offensé chaque jour ,
Diffère à la punir par un excès d'amour;
Et lorsqu'il ne peut plus soutenir sa conduite,
La rend à ses parens, et la reprend ensuite.
A ces pièges honteux il faut vous dérober :
Le plus sage s'aveugle et s'y laisse tomber.
Il n'est pour s'en parer qu'un moyen salutaire.
DORAKTE.
Quel est-il ce moyen ? *
DUBOIS
Endurer et vous taire.