‹ Théâtre de CampistronChapitre 79 sur 302 · ACTE II r, SCENE IV · texte numérisé non relu

ACTE II r, SCENE IV

DORANTE

A ma barbe, avec une impudence A lasser d'un martyr toute la patience. INIoins timide qu'Eraste elle l'embarrassait; Et je l'ai vu rougir quand elle le pressait.

Mais VOUS, que faisiez-vous pendant ce badinage ?

DORANTE

Je murmurais tout bas en dévorant ma rage ^ Enfin , puisqu'avec toi je puis trancher le mot , Je faisais justement la ligure d'un sot.

DUBOIS

Cela n'est pas plaisant.

DORANTE

J'en suis inconsolable, j'ai manqué trente fois à renverser la table. Pour punir l'infidèle et pour me contenter. S'il m'eût été permis de la bien souffleter, Quelle eût été ma joie I

DUBOIS

Ah 1 c'en est trop.

DORANTE

Ma bile M'inspirait cet éclat flatteur autant qu'utile; Les mains me démangeaient. Mais j'ai craint les brocards Qu'on m'aurait aussitôt jeté de toutes parts... Que vous êtes heureux , vous , en qui la nature Agit sans aucun art et règne toute pure ; Qui , bravant le public et le qu'en dira-t-on. Expliquez vos chagrins à bons coups de bâton , Et que l'usage enfin , sans crainte d'aucun blâme, Autorisa toujours à battre votre femme.

Gens du peuple , artisans , porte-faix et vilains, Vous de qui la vengeance est toujours dans vos mains.

DUBOIS-

Parlez-vous tout de bon?

Oui , le diable m'emporte î Campistron. 8

On se soulage au moins en usant de la sorte.

DUBOIS

Vous vous moquez, je pense , avec de tels propos?

DORANTE

Que ne puis-je à ce prix assurer mon repos ! Mais que dois-je résoudre en cet état funeste ? Prenons sans balancer le parti qui me reste ; Courons chez mon beau-père , allons me plaindre à lui.

DCBOIS.

Eh ! croyez-vous par-là soulager votre ennui?

Ah ! gardez-vous surtout de vous plaindre à son pèro

Des chagrins que vous cause une femme légère !

Il vous condamnera s''ilest homme d'esprit,

Et vous n'emporterez que honte et que dépit.

Que gagne Licidas en suivant cette route?

Il soupire , il se plaint ; personne ne l'écoute :

Il entend publier son histoire en cent lieux.

Que d'exemples enfin sont présensà vos yeux!

Acaste hautement dit sa femme infidèle ;

Après ce grand éclat il demeure avec elle.

Arcas sait le désordre , et, passant plus avant,

Il menace la sienne et l'enferme au couvent:;

Mais bientôt, àl'insu de toute sa famille,

Il va pour la revoir sangloter à la grille :

D'abord elle résiste et feint d'être en courroux;

Elle se rend enfin aux pleurs de son époux ,

Et rapporte chez lui , pour venger son absence ,

L'orgueil, la tyrannie et l'extrême licence.

Valère , par la sienne offensé chaque jour ,

Diffère à la punir par un excès d'amour;

Et lorsqu'il ne peut plus soutenir sa conduite,

La rend à ses parens, et la reprend ensuite.

A ces pièges honteux il faut vous dérober :

Le plus sage s'aveugle et s'y laisse tomber.

Il n'est pour s'en parer qu'un moyen salutaire.

DORAKTE.

Quel est-il ce moyen ? *

DUBOIS

Endurer et vous taire.

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