‹ Théâtre de CampistronChapitre 94 sur 302 · CÉLIE , ERASTE · texte numérisé non relu

CÉLIE , ERASTE

ÉRASTE , Il part.

Elle me laisse... û ciel ! que vais-je devenir?

CÉLIE

Vous vous ctes lasse' de nous entretenir ?

Toute la compagnie en est scandalisée ,

Et ne s'attendait pas de se voir mëprise'e :

Vous vouliez être seulj mais on vient vous trouver.

ÉRASTE

Lorsqu'on est amoureux on se plaît à rêver.

CÉLIE

Peut-on savoir l'objet dont votre ame est charme'e?

ÉRASTE

Vous savez que c'est vous qui l'avez enflammée: Je vous l'ai dit cent fois ^ faut-il le répéter ?

CÉLIE

Fort bien î Si mon mari pouvait nous écouter , Par ce discours peut-être on pourrait le surprendre ^ jVIais comme apparemment il ne peut nous entendre , Ne vous en servez plus.

ÉRASTE

Eh quoi î m'enviez-vous Le bien de vous jurer que je meurs de vos coups ?^ Rien n'est plus vrai , madame.

CÉLIE

Encor ! quittez ce style , Et ne prodiguez point un serment inutile.

ÉRASTE

C'est à le bien garder que je mets mon bonheur.

cÉlie.

Bon ! bon !

ÉRASTE

N'en doutez point , je vous ouvre mon cœur. J'aime , je vous adore , et je ne puis plus vivre Accablé des tourmens oii cet amour me livre.

CÉLIE

Vonas m'aimez donc , Eraste , et vous me le jurez ^

io6 LE JALOUX DESABUSE.

Quels fruits de <îet amour avez-vous espérés ?

ÉRASTE

L'honneur de tous servir , le bonheur de vous plaire.

CÉLIE

Ce ne sont que des mots : l'amour veut un salaire ; Et , puisque vous m'aimez , vous en attendez un • Vous êtes en cela du sentiment commun.

Mais ne sonj,'ez-vous pas à quoi ma foi m'engage, Et combien votre espoir me déplaît et m'outrage ?

ÉRASIK.

Madame...

CKLIE.

J'avoûrai que Tcxeraple est pour vous, Et qu'on a peu d'égards pour les droits des époux : Cependant par malheur je ne suis point la mode , Et crois devoir garder tout une autie méthode.

Éraste.

Quoi ! vous pouvez penser?...

CÉLIE

Je ne m'éîonne pas Que des femmes du monde on fasse peu de cas ; Leur conduite est peu propre à s'attirer restime ^ Le mépris au contraire est son prix légitime ; Et s'il en est beaucoup, et surtout dans Paris , Que l'on juge en eJTet dignes de ce mépris. Soyez persuadé qu'il esf aussi des femmes Qui des folles ardeurs savent garder leurs âmes , Posséder la vertu telle qu'on doit l'avoir , Et vivre dans le monde en faisant leur devoir.

ÉRASTE

Mais permettez du moins...

Que pouvez-vousmedire.'* Je rougis des transports que l'amour vous inspire. C^est ma faute d'avoir , pour servir deux amans , Sans doute autorisé de pareils sentimens , Et je ne traite plus ce jeu de bagatelle, S'il durait plus long-temps je serais criminelle. J'agirai désormais avec précaution.

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