SCENE PREMIERE
DORANTE
Je marche , et je ne sais où s'adressent mes pas ;
Dans ma propre maison je ne me connais pas :
Je cours de tous côtes, et d'e'tage en étage,
Sans pouvoir rencontrer Tingrate qui m'outrage.
Je méconnais sa chaml)re et son appartement •
L'excès de ma fureur m'ote le jugement.
Mes sens à leurs erreurs asservissent mon ame.
Ciel , as-tu de fléau plus cruel qu'une femme ?
Insensé que je suis de m'être marié !
Mais encore avec qui me suis-je apparié ?
Prendre une belle femme î Ah ! c'est mon infortune ,'
Il est tant de guenons, que n'en ai-je pris une 1
Eût-elle en vrai magot tout le corps fagoté ,
jV"importe , sa laideur ferait ma sûreté î
Comment ai-je oublié qu'une femme fort belle
Du plus sensé mari dérange la cervelle ?
Que quand, par un miracle, avec tous leurs appas.
Les soins de mille amans ne la toucheraient pas.
Quand sa vertu serait au-dessus de ses charmes ,
Son époux n'est jamais à couvert des alarmes ,
Et ne peut éviter , dans ce siècle malin ,
De paraître au public ridicule ou chagrin ?