‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 11 sur 157 · ROMANCE · texte numérisé non relu

ROMANCE

AWar de Luna était un cavalier de renom, natif de Zamora. Son cheval t*appelait Aquilon jet son épée Tranche-fer. 11 avait tué plus de Maures qq^il n*y a de grains à mon chapelet. Jamais cavalier des Espagnesne lui fit nprdre les a: çons. Jamais il ne fut vaincu en duel ni en bataille ; mais il fut 'wineu par deux bea&x yeux;

Les beaux yeux de Zobéide, Me de Talcayde i< de Cordoue la Grande. It jeta soa épée, abandonua son coursier dans un pré. U prit une guitare | monta sur une mule noire aux pieds blancs, et s'en vint à TAlcazar U de Cordoue, et dit à 2k)béide : d Je t'aime ; monte en croupe avec moi, et Ven tiens à Zamora. »

Zobéide lui répondit avec nn soupir : « Beau cavalier, je t'aime d'amour ; mais Allah est mon Dieu, et Christ est le tien. Je te le dis en Térilé, jd mourrai avant peu, car tu m'as ble^ée au cœur. ICais je ne serai point ta femme, car je suis Maure, et tu es chrétien. »

Le bon chevalier remcmta sur sa mule, et revint à Zamora, sa patrie ; et il distribua tout son bien aux pauvres. Dieu, fasse paix au frère Jayme du cloître de Saint-Ifiigo ! Et il mourut en odeur de sainteté, le cœur brisé d^amour, parce que Zobéide était Maure et qu'il était chrétien.

MADAME DE COULARGES tristement. Eh bien ! qu'cil penSCZ- TDUS?

DON JUAN. Charmante ! divinement chantée ! — Je voudrais que Ton fit une loi en Espagne pour défendre à tous les fous de se faire moines, excepté aux fous d'amour. Ce serait le moyen de diminuer le nombre des couvents; et, s'il en restait encore, cela donnerait une bonne idée de nous aux étrangers.

MADAME DE coulanges. Comment trouvez-vous les paroles?

DON JUAN. Comme celles de toutes nos vieilles romances. Voilà bien les sottes mœurs du bon vieux temps. Cet Alvar de Luna était un plat animal. Eh ! vive Dieu ! que ne se faisait-il musulman au lieu de se faire moine ?

MADAME DE COULANGES. Ah!... il y a tel obstacle qui peut séparer deux personnes faites pour s'aimer.

DON JUAN. Comment ? la différence de nation ou de religion ?

MADAME DE COULANGES. U peutcxlster bien d'autres causes.

DON JUAN. Quelles donc?

MADAME DE COULANGES. Par exemple...

DON JUAN. Eh bien ! vous ne trouvez pas d'exemple ? — Ah ! dites-moi, madame, seriez-vous incapable de renoncer à votre patrie pour uu... un époux... qui aurait su se faire Aimer?

MADAME DE COULANGES. Saus doute, c'est le devoir d'una épouse. — Mais. . . '

iOON JOAN titement. Mais?..«

MADAME DE couLANGES. ... Je ne me remarierai point. (S'eflforçant de «curire.) Il est trop agréable d'être veuve.

DON jpAN à part. Au diable la romance !

MADAME DE couLANGES. Voulez-vous chanter encore?

DON JUAN. Je craindrais de vous fatiguer, madame; — je m'aperçois d'ailleurs que ma visite s'est un peu trop prolongée.

MADAME DE COULANGES. Coloncl, cc scra toujours avec le plus gi-and plaisir que... mais... (A part.) Que lui dire pour qu'il ne vienne plus se jeter dans les pièges qu'on lui tend?.

LA FEMME DE CHAMBRE entrant. M. le marquis dc la Romana demande monsieur.

DON JUAN. Son général avant tout... voilà les principe^ de don Alvar. — Madame, permettez-vous ?

n baise la main de madame de Coulauges et sort. MADAME DE COULANGES à sa femme de chambre. Venez me dé-: lacer jj'étouiTe. Elles sortent.

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