SIWARD, ISABELLE
ISABELLE. Laissez-moi embrasser vos genoux!
siWARo. Relevez-vous, de grâce.
ISABELLE. Non, laisscz-moi demeurer dans cette posture. Vous m'avez rendue la plus malheureuse des femmes ; il faut que vous m'accordiez une grâce, ou que vous me donniez la mort.
siwARD. Parlez, madame ; mais, je vous en supplie, asseyez-vous.
ISABELLE. S'il y a quelque chevalerie en vous, sire capitaine, ayez pitié d'une malheureuse damoiselle que vous pouvez arracher au déshonneur. Si vous êtes chrétien, messire Siward, donnez-moi votre main devant un prêtre; daignez m'épouser !
SIWARD étonné. Vous épouser !
ISABELLE. Pour pvix dc cette faveur, tous mes biens en Artois, tout ce qui appartenait à mon père, tout ce qu'on pourra recueillir de sa fortune dans des temps moins désas« treux, tout cela, je le mets à vos pieds, monseigneur, et je me tiendrai pour heureuse si vous l'acceptez.
srwARD. Madame !
ISABELLE. Au nom de notre Sauveur, ne me refusez pas.
siWARD. Vous refuser! (A part.) Malepeste! quelque sot l (Haut,) Fort honoré de votre préférence.
ISABELLE. Vous couscntez àmc donner votre nom?
sivfTARD. De tout mon cœur, foi de chevalier. Vous savez que j'en ai toujours eu le désir.
ISABELLE. Encore une grâce. Permettez-moi de me retirer
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dans un couvent; chez l'abbesse deSaini-Deais^ ma parente* Je 8^18 que je ne pourrais vivre auprès du meurtrier... Je m serais qu'un £ai:deau pour vous... La vie d'aventure (fno vous menez...
siwABP, Uadame^ il m'en coûtera sans doute de me séparer de vous...
ISABELLE. Ah! monseigneur...
siwARD. Si vous l$:ugez,.. j'f eo^ç^nçs... pour quelque temps encore.
ISABELLE. La dernière prière que je vous ferai... messire de Siward... si... j'avais... un fils, permettez-moi de relever, permettez qu'il porte le nom d'Aprement; le fief que / je vous apport^ eu àot, et dont il sera rhéritia: aprèjs vou$^ lui en donne le droit.
il^iwA«L^ Le mm de Siward en vaut bien un autre. Mais p^Ui'tant, qu'il s'appelle Apremont, je ne m'y oppose pas. Qiiaot^ releva, apprenez-lui votre clergie, rien de mieux; mais, à seize ans, envoyez-le-moi, je lui apprendiai à porter la Ijsmce, et j'en ferai un homme de guerre.
ISABELLE. Je vais à l'instant écrire la donation de mes biens,
siWARd. Nous parlons d'élever notre fils, et nous ne somn^es pas même siirs... Ahçà!... vous vous retirez au couvent, à la bonne heure... maisThivei' prochain, quand on ne se battra plus...Suis-je condamné à rester sans femme?... Me comprenez-vous ? On ne renonce pas à un si friand
morceau... U lui prend U main.
ISABELLE. Siward ! vous avez du sang sur votre épée...
Elle fond en larmes.
SIWARD. Allons,,^ calmez-vous... Je vous demande pardon de vous parler de ces choses-là. (a part.) Laissons-la pleurer, et nous verrons ensuite.
ISABELLE. Faites venir un prêtre... Il fautqu'ift se presse... je suis bien mal.
SIWARD. J'en suis désolé ; mais cela ne sera rien, flemettez-vous. — Voulez-vous que je prie le père Jean de bénir notre mariage?
ISABELLE. Non».,, pas ce pi'être, il me fait horreur.
SIWARD. Eh bien ! voulez- vous un brave Irlandais^ moiû% noir et confesseur de ma compagnie?
ISABELLE. S'il a les pouvoirs... faites-le appeler.
siWÀRD à un écuyer. Holà, Louis^ Ya cherclier le môîne^ qu'on le décrasse^ qu'on lut mette sa belle soutane^ et qu'il vienne à la chapelle avec son livre. — Moi, je vais chercher de ce pas mes bons amis Eustache de Lancignac et Perducas d'Acuna : ils nous conduiront à Tautel. — Vous êtes bien pâle> ma chère Isabelle... ^e voulez-vous point prendre quelque chose?
ISABELLE. J'aurai encore assez de force pour descendre à la chapelle.
siwAhD. Derrick, va chercher un verre de vin épîcé pour madame. Apporte aussi une feuille de parchemin et une plume. — Je vais chercher mes amis^ et je reviens auprès de vous. lï «ort.