‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 147 sur 157 · LA FAMILLE DE GAHVAJAL · texte numérisé non relu

LA FAMILLE DE GAHVAJAL

paremment? "— Ne puis-je donc interroger mes gens sans ion consentement, petite méchante?

n lui passe U maCn sous le menton.*

DONA cATALiNA M levant. Parlez librement de vos tortures, moi je m'en vais.

DON JOSÉ. Non, je veux que tu restes.

DONA AGusTiNA. Mou ami, pourtant, Gatalina...

DON JOSÉ. Quoi ! faut-il encore qu'à votre ordinaire vous vous entremettiez entre ma fille et moi? — Gatalina, reste, je le veux. U ne faut pas être si sensible. Il ne s'agit que d'un nègre... Ne dirait-on pas... (Aux nègres.) Empêchez-la de sortir. Je veux que tu restes ici. Quel caractère! (OoSa catar

Una veut s'élancer vers la porte, mais les nègres se placent devant elle; alors elle va du côté de la scène le plus éloigné de don José, et s'assied les

bras croisés.) (A part.) J'iûmc à la voir ainsi. Gomme elle est belle quand le dépit lui donne des couleurs ! comme son sein est agité ! Quels yeux ! comme ils sont pleins de rage I Elle est belle comme une jeune tigresse. — Eh bien! Mu« gnoz, nous disions?...

Dofia Gatalina se met à réciter à haute voix des Ave Maria^ pendant tout le temps que son père et Mugnoz parlent ensemble.

HUGNOz. Moi, je lui demandais toujours ses complices, car on n'empoisonne pas ainsi douze nègres tout seul, mais il serrait les dents comme un lézard mort et ne disait rien.

DON JOSÉ regardant sa fille. Quelle tête ! (à Mugnos.) G'cst que tU

le ménageais, Mugnoz, tu es trop doux.

MUGNOZ. Par le corps du Ghrist l vous êtes injuste, monseigneur. J'ai fait de mon mieux : c'est tout dire. Mais un nègi*e vous a la peau plus dure qu'un caïman.

DON JOSÉ regardant sa fille, à demi-voix. Qu'elle CSt belle ! (A Mugnoz.) Enfin?

MUGNOZ. Enfin, monseigneur, n'en pouvant rien tirer, je l'ai remis au cachot, la jambe dans une bonne cangue * bien lourde, et demain, si vous le jugez à propos, nous le brûlerons tout vif devant l'habitation... Les empoisonneurs, ça se brûle ordinairement ; mais, si vous l'aimez mieux...

DON JOSÉ d'un air distrait. Bien... mais, MugUOZ...

MUGNOZ. Monseigneur?...

DON JOSÉ à do8a Agustina. Allez auprès de votre fille, madame ; je n'aime pas à avoir des espions auprès de moi. Laissez-nous. — (a Mugno* plus bas.) Tu ne me parles pas de don Alohso de Pimentel? Comment a-t-il pris le refus que je lui ai fait? Tes espions savent-ils quelque chose?

MUGNOz. Monseigneur, voici tout ce que je sais. D'abord il a dit à l'un de ses domestiques : « Martin, » (c'est son nom), « as-tu du cœur? J'aurai bientôt besoin de toi. n Ce qui indique suivant moi...

*>0N JOSÉ . Je n'ai pas besoin de tes observations. Ensuite ?

xuGNOz. 11 a dit au jésuite que vous savez, et qui était chargé de le sonder là-dessus : a fion José de Carvajai me <( refuse sa fille; mais elle sera à moi, n'importe com- « ment. »

DON JOSÉ. Nous veiTons.

MOGNoz. Depuis ce temps-là don Alonso va voir plus fréquemment le vieux cacique Guazimbo, et il pousse ses chasses dans nos environs, toujours en compagnie de ce inauvais drôle qu'ils nomment Ingol, le fils du cacique.

DON JOSÉ. Dans nos environs?

MUGNOZ. Oui, monseigneur, autour de votre habitation. Nuit et jour on voit des Indiens rôder près d'ici. Us ont Tair d'examiner la hauteur des murs. Pas plus tard qu'hier, j'ai rencontré Ingol qui faisait une marque à sa lance. Il était auprès du mur : il l'avait mesuré, j*en suis certain. Par«lle canaille mériterait qu'on la reçût à coups d'arquebuse.

DON JOSÉ après un sii«nc«. Bon!... Cela est bien... Je suis content... Tu peux te retirer. — (Le rappcum.) Mugnozl

MUGNOZ revenant. Monsoigncur î

DON JOSÉ. Mugnoz, cela ne peut durer ainsi.

MUGNOZ. Non, monseigneur.

DON JOSÉ. Et je compte sur toi, Mugnoz.

MUGNOZ. Oui, monseigneur.

DON JOSÉ. Il faudra que je sache quand il ira chez son ami le cacique.

MUGNOZ. Je le saurai.

DON JOSÉ. Dans ia montagne, sur le chemin de Tueamba, il y a une petite gorge dans les rochers, et tout auprès é'é» paisses brotts^ilies*».

MUGNOz. Oui, monseigneur, j'ai bien remarqué la place, et je me disais comme cela, parlant à moi-même : a Un homme qui s'embusquerait là un soir avec une bonne arquebuse... »

DON JOSÉ. Bien... Nous verrons demain. Va-t*en.

Hugnoz sort.

DO^A CATALINA le Toyanl sortir. EnÛn !

DON JOSÉ appelant. Catalina !

DONA AGusTiNA. Ton père t'appelle.

DON JOSÉ. Catalina !

DoxA AGDSTiNA bas à sa fille. Va vite, ne Tirritc pas.

DON JOSÉ se levant. Viendras-tu, boudeuse ?

DONA CATALINA . QuC VOUleZ-VOUS ?

DON JOSÉ la contrefaisant. Que VOulcz-VOUS?... QuittC CCt aîr

tragique et assieds-toi à cette table. Allons, enfant, la paix. Donne-moi ta petite main, Catuja. Sois juste ; ne faut-il pas que je fasse punir un scélérat qui m'a empoisonné douze nègres, qui me fait perdre plus de trois mille piastres?

DONA CATALINA. Vous êtcs Ic maître ici.

DONA AGusTiNÀ. Puis-jc vcnir prendre le maté avec vous?

DON JOSÉ à dofia Catalina. Oh î quelle mauvaise petite tête ! Jamais elle ne dira : J'ai eu tort. — Allons, embrasse-moi, petite mutine ; je le veux.

DONA CATALINA le repoussant doucement. BOU, bon! nOUS n'é-

tions pas en querelle, pourquoi s'embrasser? — Ma mère, mon père vous attend pour prendre le maté que vous venez

de faire. Tous s'approchent de la table.

DON JOSÉ. Catalina, il faut, que tu m'embrasses.

DONA CATALINA. Nou, uou, VOS moustachcs et votre barbe me piqueraient.

DON JOSÉ. Oui, je te comprends. Mes moustaches noires te déplaisent... Tu aimerais mieux sentir sur ta joue les moustaches blondes de ce freluquet d'Alonso... Eh bien! la voilà toute rouge à présent. On allumerait une allumette à sa joue.

DONA AGUsTfNA. Mou ami...

DON JOSÉ. Qui diable vous interroge ? Ne sauriez-vous vous taire urt moment? — Et toi, Catalina, cette rougeur si soudaine veut être expliquée. Qu'as-tu h nous dire?

DONA CATALINA. Rion.

DON JOSÉ. Je sais queturaimes... je lésais^ fille ingrate; ose le nier!

Do5îA CATALINA. Oul^ je Talme.

DON JOSÉ se leTant avec fureur. Tu ralmeS, et tU OSeS me le

dire !

DONA CATALINA. VoUS le SaVCZ.

DONA AGUSTINA. Ma fille !

DON JOSÉ. Don Alonso^ un misérable capitaine d'infante* rie. . . d'une basse extraction. . . un drôle. . .

DONA CATALINA avec feu. Gela cst faux ! sa famille est aussi noble... plus noble que la nôtre !

DON JOSÉ. Insolente ! est-ce ainsi que tu oses me parler?

DONA AGUSTINA. Au uomde Dicu!...

DON JOSÉ. Vous tairez-vous? mille tonnerres ! "— (a cataiiaa.) Oser donner un démenti à son... oser me dii*e : Gela est faux!

DONA CATALINA. J'ai cu tort, j'ai oublié que je parlais à mon père... Je suis bien coupable... Mais on m'a si mal élevée!... Je ne sais rien. On m'a tenue exprès dans Tignorance... On a espéré que je serais toujours une enfant. •• que je serais... Oh ! mon Dieu^ venez à mon aide!

Elle pleure.

DON JOSÉ. Vous excusez votre insolaice par une autre insolence.

DONA CATALINA. Jc uc sais ce quc je dis... Il faut que je sorte... j'ai tort... Mais je ne puis souffrir qu'on insulte mon amant'.

•ON JOSÉ. Ton amant! Ainsi^ tu t'es prostituée à don Alonso î Tu l'avoues ?

DONA AGUSTINA. Sainte Vierge, que dit-il?

DON JOSÉ. Répondras-tu

DONA CATALINA levant ûèrement la tète. Je ne ^U8 Comprends

pas.

DON JOSÉ. Oui^ tu es une ignorante^ n'est-ce pas? et pourtant l'innocente sait déjà faire l'amour!

DONA CATALINA. Jc voudrais être la femme de don Alonsoj et je ne serai jamais qu'à lui.

DON JOSÉ. Je ne sais ce qui me retient!...

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DONA AGUSTiNA. Ma fillc^ ma chère Gatuja^ n'iiTite pas ton père.

DON JOSÉ M promenant à grands pas. Fort bien^ mademoiselle^ fort bien ! — Je vois maintenant quel serpent j'ai nourri auprès de moi... Vous êtes un monstre!... Mais quant à celui que vous appelez votre amant... il ne vous aura pas^ j'en rëp<mds!... Qu'il se présente devant cette maison^ qu'il essaye de vous parler, de vous enlever...

i poNA CATALiNA à demi-voU. Don Alouso cst uu cavalier casiillan.

DON JOSÉ. Eh bien?

DONA CATALINA. 11 uc cralut pas la mort quand il s'agit de celle à qui sa foi est engagée !

DON JOSÉ tirant sa dague. Je ne souffriral pas que tu déshonores ma maison !

DONA AGusTiNA. Arrêtcz, arrêtcz-lc ! au nom de notre Sauveur!...

DONA CATALINA. Tucz-moi ! j'aime mieux mourir que de vivre ainsi.

DON JOSÉ. Cœur de bronze!... fille dénaturée! (ii jette sa

dague et court çà et là dans la chambre comme un homme en délire.)

L'enfer est dans mon cœur!... Je suis le plus malheureux des hommes! — Tout le monde me hait! — vous voudriez tous me voir mort, n'est-ce pas?... (a demi-voîx.) Oh! Satan, Satan ! donne-moi seulement un mois de bonheur, et emporte-moi après! (U se promène quelque temps en silence. A un nègre.) Ramasse cette dague et donne-la-moi. (ii s'approche de

Catalina.) MeurS, fille ingrate ! (il pose légèrement le poignard sur sa gorge, et le retire aussitôt en poussant un grand éclat de rire.) Eh bien !

as-tu eu peur?

DONA CATALINA. Vous m'effraycz quelquefois davantage.

DON JOSÉ. Si tu as eu peur, conviens-en, Ninette

Gomment! petite sotte, tu n'as pas vu que je ne voulais que t'effrayer un peu? C'était une plaisanterie.

DONA AGusTiNA. Gomment!... Jésus! une plaisanterie!... Ah ! mon cher mari, songez donc au mal que vous pouvez faire à une femme avec ce que vous appelez une plaisanterie.

Don JoM hausse les épaules, Grand «leace.

DON JOSÉ. Ce maté est détestable. Il faut que ce soit ma femme qui Tait fait.

DONA câtalina à doBa Agustina. Ceci cst encore une plaisanterie.

DONA AGUSTINA. Mou ami, pourtant j'y ai mis tout le soin possible.

DON JOSÉ. 11 suffît que vous vous mêliez de quelque chose pour tout gâter. Maintenant que vous êtes vieille, vous devriez au moins savoir faire le maté. Vous n'êtes bonne à rien.

DONA AGUSTINA. Mou ami, vous êtes le seul qui ait jamais dit pareille chose. Mais vous avez attendu si longtemps, que votre maté s'est refroidi.

DON JOSÉ. Allons ! allons ! en voilà assez. Toujours radoteuse ! Quel ennui d'avoir une femme plus vieille que soi de dix années !

DONA AGUSTINA les larmes aux yeux. Qui, j'ai qUClqUCS aunéCS

de plus que vous, mais pas tant que vous dites, don José.

DONA CATALINA. Chère maman t (Elle .r embrasse.)

DON JOSÉ. Nous vieillissons tous. Peut-être n'aurez-vous plus à supporter longtemps mes mauvaises humeurs...

Hum ! (Silence.)

. DO>A AGUSTINA. J'cspèrc quc nous vous conserverons encore longtemps.

DON JOSÉ. Catalina, tu m'aimerais donc bien si je te donnais à ce don Alonso ? S'il est vrai qu'il soit noble^ conmie tu le dis... peut-être...

DONA CATALINA. PCUt-êtrC?...

DON JOSÉ. Comme elle ouvre les yeux! — Oui, je voudrais te voir^heureuse. Un -jour peut-être... Mais, d'ici là,don Alonso se rompra le cou à la chasse.

DONA CATALINA. VOUS SOUriCZ?

DON JOSÉ. Oui. Tu sais qu'Alonso est un grand chasseur... Il passe sa vie dans les montagnes, au milieu des précipices... 11 peut bien s'y rompre le cou.

DONA CATALINA. Jc comprcuds votrc sourire ; mais je ne perds pas toute espérance ; Notre-Dame de Chimpaquirà aura pitié de moi.

DON 'OSÉ. Vous devenez de jour en jour plus imperll-

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nenle, malgré voire prétendue dévotion. — Au reste^ nous verrons bientôt.

DONÀ cATALiNA. Mou uuique espérance est en Dieu.

DON JOSÉ. Oui ! priez-le^ Gatalina^ priez-le, ainsi que votre mère, qu'il vous délivre d un tyran, qu'il vous débarrasse...

DONA CATALiNA. Je prie Dieu tous les jours qu'il veuille toucher le cœur de mon père.

DON JOSÉ se levant. Dicu... le ciol n'écouto point une fille qui lui demande la mort de son père. Je vous connais... Mais prenez-y garde! ne me poussez point à bout !... Ceux qui s'opposeront à mes volontés, je les écraserai sous mes

pieds comme je brise ce vase, (il jette avec force une porcelaine

par terre.) Qu'on me fasse venir Mugnoz! (U sort.)

DONA AGusTiNA. Hélas ! mon beau sucrier en mille morceaux ! mais aussi, ma chère Catalina, pourquoi parles-tu avec si peu de ménagements à ton père ? Tu sais comme il est violent, et tu T irrites toujours. Dieu! que vous m'avez effrayée tous les deux ! Va , tu es le vrai portrait de ton père ; tu es aussi entêtée, aussi irascible que lui. — (Bas.) Mais, je n'y pensais pas; on nous écoute, ma fille. Si ces noirs restent, nous ne pourrons causer.

DONA CATALINA aux nègres. Sortez. Les nègres sortent.

DONA AGusTiNA. Gommc elle sait se faire obéir ! Jamais je n'aurais osé leur parler avec cette voix-là. Ah ! Catuja, si tu étais un homme, tu ferais autant parler de toi que les conquérants de ce pays !

DONA CATALINA. Plût au cicl quc je fusse un homme !

doSa agustina. Par exemple, pourquoi aller dire à don José que tu aimes le capitaine de Pimentel? je sais bien qu'à ton âge on regarde les jeunes gens, mais on n'en parle pas. J'ai remarqué que ton père s'irrite toujours quand il est question de te marier. Comme il t'aime beaucoup, cela lui ferait de la peine de te quitter.

DONA CATALINA. 11 m'aime beaucoup ! Jésus !

doSà AGUSTINA. Oui, malgré ses brusqueries, je vois bien qu'il n'aime que toi. Avec un peu de douceur, tu en ferais ce que tu voudrais ; mais tu le braves toujours. Il est colère^ comme toi^ emporté... Tu n'y prends pas assez garde. Pro-

meto-moi^ ma Catalina^ qae ta Tas aOer le tmover dans sa chambre...

OO^A CATALOIA. Moi!

iN>5A AGCJsniiA. Et qoe ta loi diras : « Mon père, il est « Trai que j'aime don Alonso, mais je tous aime encore « plus... »

DONA CATALINA a^c eopMement. le ne dirai pas ce qui est (aux, je ne sais pas mentir.

ooNA AGUsTuiA. Ah ! mou enfant, une fille doit toujours aimer son père, l'Écriture le dit. Et puis pense donc, ma chère, combien il t'aime.

noNA CATALMA impétseuemeiit. D m'aime plus que vous ne pensez!

i>o5iA AGUSTMA. Oh! ne me regarde pas comme cela, ma fille ! il me semble que je vois ton père !

DONA CATALllU loi prenant U main. Ainsi, VOUS avez pCUr de

cet homme?

DONA AGUSTUIA. Dc cct homme !

noNA CATALINA. Nous ne pouvons plus vivre sous le même toit que lui. 11 faut que nous quittions toutes deux c^tte demeure. Je veux être libre ; je veux que vous soyezlibre aussi.

DoltA AGusTiNA. Quitter ce logis! Et mon mari, bon Dieu ! que dirait-il, si nous nous en avisions?

DONA CATALINA. Répondez-moi, ma mère ! pouvez-vous vivre ici ? Cette maison n'est-elle pas un enfer pour vous? et pour moi !... sainte Vierge !...

DONA AGusTiNA. 11 est vrai que, si je te savais bien mariëe, bien établie, j'entrerais volontiers dans un cloître, dont la règle ne fût pas trop sévère. Du moins, voilà ce que je ferais, si don José voulait bien me le permettre.

Do^A CATALINA. Vous u'irez point dans un cloître, vous me suivrez dans une famille où m'attendent le repos et le bonheur^ qui ne peuvent exister ici.

^ooNA AGUSTINA. Tu m'effraycs, ma chère enfant ; explique-toi, voudrais-tu te faire enlever?

DONA CATALINA. Oui, OU m'culèvera à la honte, à l'infamie. Un ami que le ciel m'a donné dans ma misère, un homme qui n'a jamais faussé sa parole, m'a juré qu'avant peu je seiais libre ; cet ami, je l'attends.

DE CAtlVAJAL. AU

boNA AGUSTiNA. Don Alonso ! Mais cela est épouvantable Malheureuse enfant... et ton père !...

DONA cATALiNA. Mon pèie ne m'a pas laissé le choix d'un parti à prendre. U faut que je me sauve^ ou que je perde mon âme. Ma mère, je tous en conjure, suivez-moi.

doSa AGusTiNA. OÙ veux-tu te réfugier?

DONA CATALINA. Nous trouverous un asile chez le cacique Guazimbo.

DONA AGusTiNA. Chcz Ics ludicus? doux Jésus ! chez ces ennemis de Dieu !

DONA CATALINA. lls sout meillciu^ chréticus que votre mari, et, pour sortir de cette maison, je fuirai, s'il le faut, dans les savanes, jusque dans la tanière du tigre. Nul danger ne m'arrêtera. Vous ne devez pas rester non plus ; il vous tuerait si je m'échappais.

DONA AGUSTINA tout étonnée. Qui? le Cacique ?

DONA CATALINA. Vous mc suivrcz, il le faut. Jurez-moi de me suivre.

DONA AGUSTINA. MaiS...

DONA CATALINA. Voulcz-vous VOUS rcudro complice d'un crime horrible?...

DONA AGUSTINA. Jésus ! tu mc fais trembler.

DONA CATALINA. Voùlcz-vous précipiter votre mari dans Tenfer? — Voulez-vous me damner, moi aussi ?

DONA AGUSTINA. Ma pauvre fille a perdu la raison. Hélas! que je suis malheureuse !

DONA CATALINA. Êtcs-vous douc avcuglc? — Il faut choisir. — Dois-je fuir? ou faut-il que je devienne la concubine de mon père ?

DONA AGUSTINA. Sainte Marie ! quels mots dis-tu là ?

DONA CATALINA. Oui, mon père m* aime. Mon père aime sa fille. Maintenant vous sentez-vous le courage de m'accompagner dans ma fuite ?

DONA AGUSTINA. Mais... eu es-tu bien sûre, ma fille?

DONA CATALINA arec un sourire amer. Une fîUc Croit-cUc SOn

père coupable sur im simple soupçon?

DONA AGUSTINA. Doux SauvcuT ! jamais je n*oserai rester seule avec lui... Mais... ahl Jésus î Maria! quelle histoire!

DONA CATALINA. Étcudez la maiu vers ce crucifix. Vous me

jurez que jamais don Alonso^ que jamais personne ail monde ne saura rien de Thorrible secret que je viens de vous confier.

DONA AGUSTINA. Je le jurc... Âh ! mon Dieu !...

DONA cATÂLiNA. Eh bien ! ma mère^ cette nuit mème> dans une heure, Alonso viendra nous chercher.

DONA AGùsTiNA. Ccttc nuit ! je me sens défaillir.

DONA CATALINA regardant à la fenêtre. La Croix va slnclincr *.

Il sera bientôt minuit. Quand nous entendrons le rugissement d'un tigre, alors nos amis sei-ont là : il faudra descendre dans le jardin.

DONA AGusTiNA. Mais toutes les portes seront fermées.

DONA CATALINA. Us apporteront ime échelle de corde, et de la fenêtre de ma chambre je leur jetterai un lacet pour la hisser.

DONA AGU3TINA. Et U faudra descendre par là !

DONA CATALINA. Jc sauterais du haut d'une tour pour être libre.

DONA AGusTiNA. Mon doux Jésus, donnez-moi du courage! •— Ma fille, es-tu sûre que ton père soit couché?

DONA CATALINA. U doit l'être maintenant. Venez dans ma chambre ; le temps presse.

DONA AGusTiNA. Scigueur, ayez pitié de nous ! Sainte Agathe, s£^inte Thérèse, priez pour moi ! EUes «orteat.

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