SCÈNE IL
Un caliliMt «Tee de* Insframcnts d*«lehlmle.
DON JOSÉ ; MUGNOZ, dans le fond, soufflant Un fonrneaa.
DON JOSÉ. Ajoute encore du vif-argent au mélange, et, si tu lui vois prendre cette couleur jaune que nous cherchons
depuis si longtemps, tu m'appelleras. (Il se promène sur le de-
Tant de la scène.) Au reste, peu m'importe maintenant. Il fut un temps où je m'intéressais à ces expériences. Aujourd'hui, si je trouvais la pierre philosophade, je ne serais pas hemeux. — Tout m'ennuie... Elle me hait. Quand même je ne serais pas son père, quand j'aurais dix ans de moins...
DE GARVAJAL. 433
elle n'aurait pour moi que de raversion... Alonso mourra. M'aimera-t-eUe, lui mort? — Qu'importe?... Elle est née pour me rendre malheureux... qu'elle soit malheureuse aussi ! Nous sommes deux démons aux prises ; je veux être le plus fort... Oui, pourquoi ne satisferais-je pas la passion la plus violente que j'aie jamais éprouvée, moi qui n'ai jamais connu d'autres lois que mes désirs? — Pourtant... Eh bien ! un crime de plus, voilà tout. La mesure n'est-elle pas comblée? Flibustier dès mon enfance, puis chef de rebelles, amnistié pour une trahison, maître d'un domaine acquis par la violence... puis-je espérer miséricorde de ce Dieu qu'ils disent juste? — Si je m'éloignais de Calalina, je ne changerais pas pour cela de conduite... Je ne sais ce que c'est que de se repentirc. Je suis un homme!.,. Qui? moi, faire pénitence !... m'agenouiller devant des imbéciles en robe noire... réciter des prières... Oh ! non ! leur paradis n'est pas fait pour moi... Cependant... Maudites idées d'enfance !... — Je crois que ce qu'ils disent est vrai... je crois... mais je ne puis faire comme eux... Mon sang est plus chaud que le leur... je suis d'une autre espèce... Ainsi... cet être si juste m'a donc créé pour la damnation... Soït !... mais il faut être heureux ici-bas !
MUGNoz s'aTançant. Mouseigueur, tout s'évapore. Dans un instant il ne restera plus rien dans la cornue.
DON JOSÉ. Raymond Lui le est un sot, et nous sommes de plus grands sots que lui de croire à ses recettes pour faire de l'or. Éteins le feu, et va te coucher. Fais ta ronde auparavant.
MUGNOz. Reposez-vous sur moi.
DON JOSÉ regardant dans la coulisse. Quel CSt cet homme VÔtU
de noir qui traverse la grand'salle?
MUGNOZ souriant. Ah ! mouseigneur, c'est votre aumônier qui vient de confesser le nègre Vendredi, -parce qu'on le brûlera demain. 11 n'est pas bien étonnant que vous ne connaissiez pas la figure de votre aumônier^car vous avez trop d'esprit pour croire à toutes les histoires que nous content ces cafards.
DON JOSÉ. En effet, cet homme est venu ici il y a deux mois. Je le reconnais maintenant.
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MUGNOz. C'est madaroe qui l'a fait venir; cela est bon pour des fe;nmes.
PON JOSÉ après un silence. Je veux lui parler; fais-le venir.
MUGNOZ étonné. L'aumônicr?
DON JOSÉ. Je n'aime pas à répéter un ordre. (Mugnoi sort.) Je ne lui ai jamais parlé. — Voyons ce qu'il faudrait faire... Le voici.
L*aum6nier entre en faisant de grandes révérences. Don José le regarde fixement.
DON JOSÉ à part. Sa ûgure ne me plaît pas. Cet homme est un lâche, j'en suis sûr. (Haut.) Mugnoz^ laisse-ijous... Approchez, asseyez-vous.
l' AUMONIER. Après vous, monseigneur.
DON JOSÉ. Parbleu ! je m'assoirais si je n'aimais mieux rester debout. — Asseyez-vous. Quel est votre nom ?
L'aumônier s'assied, et don José se promène de temps en temps.
l' AUMONIER. Bernai Sacedon, pour servir votre seigneurie.
DON JOSÉ après un silence. Vous êtCS piCUX, n'est-CC paS ?
vous avez de la dévotion?
l'aumonier étonné. Monscignsur !
DON JOSÉ. Vous avez lu vos Écritures, n'est-ce pas? Moi aussi, pendant que j'étais au lit pour une blessure ; mais le diable m'emporte si j'y ai rien compris!
l'aumonier se signant. Monseigneur !
DON JOSÉ. N'ayez pas peur, je ne vous mangerai pas. Dites-moi, avez-vous jamais confessé de grands criminels ?
l'aumonier. Hélas ! oui, monseigneur.
DON JOSÉ. Et vous leur donniez l'absolution ? |'
l'aumonier. Quand ils étaient repentants, monseigneur.
DON JOSÉ. Le repentir?... vous appelez cela de la contrition, je crois ? *
l'aumonier. Monseigneur, il faut bien distinguer entre l'attrition et la contrition.
DON JOSÉ. Ce n'est pas de cela qu'il s'agit. Ëcoutez-moi. Le repentir ouvre les portes du ciel ?
l'aumonier. Oui, monseigneur, pourvu...
DON JOSÉ. Or çà, parlez franchement. Vous me regardes comme un grand criminel, n'est-ce pas ?
l'aumonier. Monseigneur !...
DOii JOSÉ. Laissez là votre monseigneur^ et n'ayez nulle crainte. Parlez-moi comme à votre égal. Supposez^ si vous voulez, que je me confesse à vous. — Eh bien ?
l'aumonier. D'abord> monseigneur^ si vous vous coot fessiez...
DON JOSÉ frappant du pied. Répondez ôui OU non.
l'aumonier. Oui, monseigneur... c'est-à-dire non... (A part.) Je tremble.
DON JOSÉ se promenant. Imbécilcs ! qui ne peuvent me comprendre ! — • Enfin, que faudrait-il faire pour me repentir afin d'aller au ciel? Gomment devrais -je m'y prendre pour montrer à Dieu que j'ai du repentir? Peu m'importe la rigueur de la pénitence. Une médecine violente qui me tire d'afiaire tout de suite, voilà ce qu'il me faut.
l'aumonier effrayé. D'abord,... monseigneur, vous saves mieux que personne... ce qui est convenable. Certainement, tout ce que fera votre seigneurie sera bien fait... Mais, s'il était permis à un homme aussi borné que moi de donner quelques conseils à votre seigneurie,... j'oserais lui faire remarquer que rien n'est plus agréable à Dieu que les fondations religieuses. S'il vous plaisait, monseigneur, de faire bâtir quelque part, sur vos terres, une jolie petite chapelle avec une petite maison pour le desservant, qui pourrait en i même temps être utile ici... je veux dire qui pouiTait... |
DON JOSÉ qui Ta écouté avec distraction. VoUS autres moineS,!
est-ce que vous n'avez pas des passions violentes qui vou9{ bouleversent le cœur; comment faites-vous pour les chasser de votre esprit ?
l'aumonier. Nous prions, monseigneur.
DON JOSÉ avec mépris. Nous ne pouvons nous entendre. Retirez-vous. L'aumônier sort en saluant avec respect. |
Des prières... des prières ! voilà tout pour eux... S'il m^vait dit de combattre un tigre sans armes, je l'aurais cru... je ranimais embrassé... Mais non> je ne puis prier comme une femme.
MUGNOz rentrant. Monseigneur, il y a des hommes dans le bois d'orangers. Gela est sûr, mon chien gronde et gratte la porte qui donne de ce côté.
poN JOSÉ. 11 vient s'offrir à nous. Que mes domestiques
sa*
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s'arment, et surtout qu'on ne fasse pas le moindre bruit avant que Fennemi soit entré. Viens. ils sortent.