SCÈNE ni
DOfiA AGUSTINA, DOSA CATALINA.
DONA CATALINA. lls ne peuveut tarder. Un cheval a henni •sur la montagne; il vient avec ses amis les Indiens. ' ooNA AGUSTiNA. Mon cœur bat avec violence... Je ne sais ce que je fais depuis deux heures... Je voudrais emporter quelques. bardes... et je ne puis me déterminer à faire un choix parmi mes robes... Ma pauvre tête est si trouUée^ je ;Suis tout éblouie... et je ne vois plus rien.
DONA CATALINA. J'emporte cette relique seulement^ etces |>erlcspour la femme du cacique.
DONA AGUsTiNA. Comment l tes belles perles de Cumana^ pour une femme à peau rouge! Y penses-tu^ ma fîlle? (ob
entend un cri.) Jësus !
DONA CATALINA. Lcs voici! Élevous cette lumière, c'est le
signal convenu. On entend quelques coups d*arquebuse.
DONA AfiusTiNA. Nous soiumes perdues ! C'est fait de nous! Ils vont nous tuer, ces démons rouges !... Ma (ille, ne reste pas à la fenêtre, une balle peut aller jusque4à. Cachonsuous sous le lit.
. DON A CATALINA à la feoêti:e. Que devient41? au milieu des cris et du tumulte, je ne sais qui remporte... Que je voudrais être dans ce jaixlin, à ses cotés... pour le soutenir, pour le recevoir dans mes bras s'il était blessé ! Certainement.., cette fenêtre n'est pas trop haute, je pui^...
Elle met le pied sur la fenêtre.
PONA AGU&TINA courant à elle, et la retenant. MalheureUSe! que
vas-tu faire? Tu vas te tuer !
DONA CATALINA. Laisscz-moi I
DONA AGusTiNA. Nou^ non, tu ne sauteras pas par la fenêtre^ ou bien tu m'entraîneras avec toi. Au secours ! au
gççours !
DE GARVAJAL. 427
DONA CATALiNA. Ils se retirent. — Ce coup d'arquebtise a été tiré sur la montagne. — S'ils ont pu amver jusqu'à
leurs chevaux^ ils seront sauvés. (Elle s'assied et croise les bras
d'un air résiçné.) Dieu le veut ! Quo deviendrai-je ? J'ai fait ce qui dépendait de moi... Je n'ai pas de reproches à me faire. — J'attends le malheur avec courage.
DONA AGUSTiNA. IIs ne tirent plus. Dieu soit loué! Mais combien y a-t-ilde morts? Cela fait frémir.
DONA CATALINA allast Tcrs la fenêtre. Je pCnSC qu'ils SC SOUt
sauvés. Chut ! n'entendez-vous pas comme un galop éloigné?
DONA AGusTiisA. Oui, j'eutcnds le bruit que font les fers de leurs chevaux. Mais cela s'éloigne à chaque instant.
DONA CATALINA. Ils sont sauvés !
Entre don José, une arquebuse à la main.
DON JOSÉ. Debout à Cette heure ? et vous, madame, que faites -vous ici ?
DONA AGusTiNA. Mou ami... monsieur... j'ai eu tellement peur... que...
Dor« JOSÉ. Des voleurs sont venus. Mais tout est fini, grâce à Dieu, ils ne reviendront plus. Nous les avons tous tués. — Catalina, tu me regardes avec tes grands yeux furibonds. Connaitrais-tu ces voleurs ? Tu ne réponds pas? Veux-tu les voir morts ? Je vais te montrer leurs cadavres. Il y a parmi eux un bien beau garçon.
DONA CATALINA faisant un pas vers la porte. AllonS.
DON JOSÉ de même. Oui, alloUS. — (S'arrêtanl.) Ce u'CSt
point un spectacle fait pour une femme. Cela te causerait une trop forte émotion. Qu'us-tu à sourire ?
DONA CATALINA baisant sa relique. DieU Soit loué ; il est
sauvé !
DON JOSÉ à part. Elle a deviné juste, ce démon femelle. Il m'est échappé, mais demain Miignoz me répond de lui. (Haut.) Catalina, tu ne peux rester dans cette chambre; tu n'y coucheias pas cette nuit; on y est trop exposé.
Do>A CATALINA. C'cst la plus trauquiUe de la maison..^ (bas) et il y a des verrous à l'intérieur.
DON JOSÉ. Des verrous ! il faudra sans doute en mettre à ta chambre. — En attendant que l'on t'en prépare une .a^- \xe, tu coucheras dans celle de doua A^ustina^
DONA CATALiNA. Je VOUS remercie. — Bonsoir. — Venez,
ma mère. Elle sort arec dofia Agustma.
DON JOSÉ. Elle sait tout ! — Elle m'a deviné !... Elle me brave... Elle sera à moi, ou je mourrai ! lU sortent.