‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 17 sur 157 · I.E RÉSIDENT. Diable · texte numérisé non relu

I.E RÉSIDENT. Diable

MADAME DE TOURviLLE. Il y aiu'ait uu moycu de courir moins de risques... avec un peu d'arsenic...

CHARLES LEBLANC. De Farsenic ! mille bombes ! de l'arsenic! me prenez-vous pour un empoisonneur? Moi lieutenant de gi'enadiers dans la garde impériale ! moi ! souffrir qu'on donne de Tarsenic à de braves militaires, pour les faire crever comme des rats ! j'aimerais mieux me brûler la cervelle que de donner d'autres pilules que des pilules de plomb à des militaires. De l'arsenic ! sacré nom du diable! de Tarsenic!

MADAME DE TOURVILLE. Mais...

CHARLES LEBLANC. Taiscz-vous ! Jc uc suls pas un mouchai'd. Ne me parlez pas d'arsenic, ou j'oublierais que vous êtes ma mère. — Et vous, mon petit baron, ayez la bonté d'exécuter les ordres que je porte. Écrivez vos lettres d'invitation; et, s'ils n'acceptent pas, je veux qu'un boulet me serve de pilule si je ne vous fais pas manger la lame de mon sabre.

LE RÉSIDENT. MonsicuT... monsicur... c'est pour le service de sa majesté... Si mon devoir...

CHARLES LEBLANC. Allous! VOUS êtcs uu bravc homme, donnez-moi ime poignée de main, et dites qu'on me fasse

un lit. Il boit un coup et sort.

LE RÉSIDENT. Ma €oi, madame, je vous fais mon compliment. Vous avez là un joli garçon.

MADAME DE TOURVILLE. Hélas ! c'cst tout Ic portrait de feu son père. Il ne connaissait que son sabre.

US RÉSIDENT. Me voilà daus une belle position.

MADAHE DE TOURTllXE. Au SUl-plUS^ SOD aTÎS U'est paS k

dédaigner ; il faut le suivre.

LE RÉSLDEi>rr. Eh bien I soit ; mais vous dînerez avec nous, madame.

MADAME DE T0URY1LLE. Mais^ monsieur, je tous serai tout à fait inutile.

LE RÉSIDENT. Mais peste ! madame^ tous dînerez aTec nous^ ou le diable m'emporte si je ne tous fais arrêter!

MADAME DE TOURTiLLE. Je veux bien de votre diner, monsieur. J'y Tiendrai, et je tous ferai Toir que, toute fenune que je suis, j'ai plus de courage que toi, mon petit diplomate. Au revoir. Elle sort.

LE RÉSIDENT seul. Ciel et tcrrc ! mort et furie ! que le diable m'emporte ! s'il veut m'emporter loin d'ici... Malheureux! que vais-je devenir?... J'aimerais mieux me trouver sur un champ de bataille qu'à pareille bagane... au moins on peut gagner le large... Misérable!... Et moi qui croyais qu'il étdt si facile de faire de la diplomatie!... Et cette maudite île ; tout m'y manque... Enfin, pom*quoi ne pas attendre les Français ? 11 va tout perdre avec sa précipitation... Ah! si Ton m'avait laissé faire!... la croix d'honneur était à moi... et c'est maintenant ce grand escogriffe qui aura tous les profits. Un ignorant... qui n'a jamais ouvert un Vatel... et moi !... S'ils allaient se tromper dans le désordre?... Maudit métier ! chien de métier! maudite île !... Ah ! voici ces pistolets dont il faut que je me serve... voyons... Je mettrai douze balles dans chacun, au moins je ne manquerai pas celui que j'attraperai... Allons, allons !... on ne memi; qu'une fois!... qu'ils Tiennent, ces Espagnols!... qu'ils Tiennent! tout Français est soldat! (Il gesticule avec les pistolets.) Mais... doucement... quelle idée admirable!... Non, ces armes ne sont point celles d'un diplomate, (il pose les pistolets.) A la fin de leur dîner jeteur dirai : Permettez que j'aille tous chercher d'un Tin excellent, d'une bouteille... je ne confie la clef à personne... C'est cela î et ils feront leurs affah'es sans moi... Parbleu! vivent les gens d'esprit ! Voilà ce qui s'appelle s'en tirer joliment. Notre lieutenant sera peut-être tué dans la bagarre... je ferai le rapport... et aloi*s... alors, ma foi!

c'est une affaire faite^ je deviens ambassadeur!... C'est cela, morbleu ! qu'on est heureux d'avoir de Tesprit ! Un grossier manant comme ce Leblanc peut bien faire le coup de poing dans l'occasion... mais nous autres diplomates nous savons toujours.,, oui^ nous savons faiie nos affaires.

U sort,

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