‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 23 sur 157 · GÈNE I. SI · texte numérisé non relu

GÈNE I. SI

ment c'est parce que Manuel Toniblo hû a dit que mes beaux yeux noirs étaient bien plus beaux que ses vilains yeux roux.

ANTONIO de même. Scs yCUX noirs ! (Il met brusquement U main

devant ses yeux.) Seigneur Rafaël^ de grâce, continuez un instant rinterrogatoireJ

RAFAËL, après avoir pareoura des papiers, d'une voix douce. Mari-

quita, n'avez-vous pas passe vendredi, i5 août dernier, devant le plant d'oliviers de Juana Mendo, en mangeant une grenade ?

HARiQuiTA. Comment puis-je m'en souvenir?

BAFAEL. Dites oui ou non.

MARiQuiTA. Je crois que oui.

RAFAËL lisant. N'avcz-vous pas jeté Ics pcpius dans son plant, en. agitant en l'air une baguette de noisetier ou autrç bois, ayant deux bouts...

MARiQuiTA riant. Voudricz-vous qu'elle n'en eût qu'un ?

RAFAËL. Songez devant qui vous êtes. — ... Ayant deux bouts dépouillés de leur écorce ? Répondez,

MARiQuiTA. Qu'est-ce que j'en sais ?

RAFAËL. Oui ou UOn ?

MARiQuiTA. Ëh bien ! oui.

RAFAËL. N*avez-vous pas chanté une chanson impie, où il est souvent parlé d'un certain Grain-d'orge ?

MARiQuiTA riant. Afa, ah , ah ! scigneur licencié, de quoi me parlez-vous ? J'ai chanté une ballade anglaise, traduite par votre servante, qui l'a apprise d'un trompette de Mackay, dans l'armée de milord Peterborough. EUe est faite en eJGTet sur la mort de Grain-d'orge.

DOMINGO. Qui, Grain-d'orge? Un esprit des ténèbres?

MARiQuiTA. Ah, ah, ah! Grain-d'orge veut dire grain d'orge, et la ballade chanté de quelle manière avec des grains d'orge on fait de la bière que boivent les Anglais. Laissez-moi m'en aller, et je vous la chanterai, car vous avez l'air d'un bon enfant, et vous n'êtes pas comme

celui-là. (EUe montre Antonio.)

ANTONIO les yeux fermés. 11 est difficile de supposcr qu'il n'y 9it pas un sçns cliché sous ce mot.

Sf UNE FEMME EIST bN DIABLE.

kahiquita. Honni soit qui mal y pense, conimè Q f à écrit sur le bonnet du capitaine O'Trigger.

ANTONIO de même. Mais Comment nous expliquerez-vbiis que le plant de Juana Mendo a été détruit par une inondation?

MARiQuiTA riant L'expliquer ! non, certes. Demandée au Geyar pourquoi il s'est débordé.

. AisTONio de même. Et c est précisément à vous que je le de<mande. Pourquoi lui avez-vous dit de se déborder?

MARiQuiTA. Âfa çà! sommes-uous à jeun et dans notre bon sens? Me prenez-vous pour une sorcière?

ANTONIO de même. VoUS le diteS.

MARiQuiTA. Merci de moi ! si vous ne me faisiez pas trembler avec votre grosse voix, vous me feriez mourir de rire.

ANioNio de même. Vos rires pomTont so changer en larmes. —Vous niez donc avoir jeté un sort sur les oliviers de Juana Mendo ?

MARiQuiTA. Est-ce quc je sais jeter des sorts, moi?

ANTONIO de même. Tous péchés peuvent s'expier. Femme, je t'adjure au nom de ton Créateur ; dis la vérité, si tu ne veux pas la mort de t<^ âme.

. MARiQuiTA. Est-ce quc, si j'étais sorcière, je ne me sbrais pas déjà envolée d'ici par la cheminée !

ANTONIO de même. Réfléchissiîz et trcmblez; plus tard il ne servira de rien de vous rétracter.

RAFAËL. Seigneur collègue, elle est obstinée, laissez-moi l'entretenir seule un instant.

DOMINGO. Non, moi je m'en charge. Seigneur Rafaël, vous oubliez que vous avez un rapport à faire...

ANTONIO de même. Nous uc pouvons manquer aux règlements du Saint-Office. Pour la dernière fois, Maiia Valdez, - êtes-vous sorcière?

MARiQuiTA. Pour la dernière fois, non. — Est-il entêté!

ANTONIO de même. Malheureuse ! Je m'en lave les mains, et ton sang ne retombera que sur toi. Le XLVIIl" article dii règlement des interrogatoh*es porte que, a si l'accusé, où « l'accusée, persiste dans ses dénégations, et que d'ailleurs tf l'accusation ne soit pas dénuée de preuves testimoniales « ou par écrit, le président doit, en confirmation d'icellcs;

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