‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 34 sur 157 · SCÈNE · texte numérisé non relu

SCÈNE

tage. Et c'est dans les anciens que j'ai pris ces sentimentslà. — ... Ah ! Senèque !

MENDo. Je ne tois pas...

DON LUIS. Pour en venir au fait, je tous apprends... Devi? nez... Mon fils aime et veut épouser... votre fille...

HENDO. Ma ôUël

DON LUIS. Je m*^ suis d'abord oppose... mais il avait perdu la tête... et, comme la mésalliance du côté de l'homme ne tire pas beaucoup à conséquence, et que les Mendoza, grâce à Dieu, ont de la noblesse pour illustrer deux famiUes..^ j'ai donné mon consentement, et je viens prendre jour avec vous pour la noce... Hein? qu'en dites-vous ?

HENDO. Eh quoi! monseigneur... de quelle tache voule»- Tous ternir vos armoiries !

DON LUIS. Bagatelles ^ Le mâle n'anoblit-il pas? et puis, ▼eyez-vous, j'ai du faible pour vous... D'ailleurs, j'ai bien d'autres raisons. D'abord, je suis philosophe... Et puis, te duc de Médina-Sidonia, disputant un jour avec moi. m'a défié de donner mon fils à une roturière... Je veux lui montrer que je suis philosophe pratique... Ensuite le rûi a donné tout dernièrement encore un gouvernement à dop Rodrigo Pacheco, qui avait fait la môme chose que mon fils.

MENDO. Monseigneur... cela ne se peut... Savez-vous bien qui je suis?

DON LUIS. L'homme le plus entêté de la terre, vive Dieu!

MENDO. Un Mendoza s'alitera...

DON LUIS. Un paysan? C'est nous que cela regarde, n'estil pas vrai ? — Qu'avez-vous à répondre?

MENDO. Don Liiis, je vous respecte... j'ose môme vous aimer... mais nous ne pouvons plus nous voir...

DON LUIS. 11 est fou S

MENDO. Je nepuis vous dire mes motifs, mais croyez qu'ils sont justes.

DON LUIS. Va-t'en à tous les diables, vilain! Gomment! mon fils aime votre fille ; votre ôli^ l'aime; Ësteban veut bien Tépouser, j'y consens ; et vous, au lieu de me remercier de tant d'honneur, vous battez 1^ campagne... Peutêtre que monsiem* nous trouve trop pauvres ou trop peu noèles pour lui?

m INÈS MENDO.

MEisDO. Inès sent bien elle-même...

DON LUIS. Eh bien ! c'est à elle que je m'en rapporte. Si elle dit oui, vous consentez, n'est-ce pas? A-t-on jamais vu un vilain faire tant de difficultés pour se laisser savonner !

MENDO après un silence. Oui ! je lui dirai ce qu'il faut qu'elle sache. Elle est ma fille, et plus qu'un étranger elle a le droit de connaître mes secrets.

DON LUIS. Ah ! vos secrets ! Vous avez des secrets ? Quelque terrible secret, sans doute? Êtes-vous juif? Combien 4*hommes avez-vous assassinés?

MENDO. Moi !

DON LUIS. Pardon, mon cher ami ; ne vous fâchez pas. Je sais que vous êtes un brave et digne homme, un bon père de famille. Vous exercez une profession que j'honore : ce sont les laboureurs qui nous font vivre, nous autres gentilshommes... Et puis, ne sommes-nous pas tous enfants d'Adam, comme dit Sénèque?

MENDO. Monseigneur, il est impossible...

DON LUIS. Allons ! vous avez mal dormi. Je vous quitte. Je reviendrai bientôt ; mais souvenez-vous que vous m'avez promis de laisser votre fille entièrement libre.

MENDO. Elle prononcera elle-même.

DON LUIS. Vous voilà pris. Adieu, (il fait un mouTement pour

■'en aller, et revient.) Ah çà ! pas de menaces ! n'allez pas lui faire peur, à cette pauvre petite... dites-lui... Au reste, je la préviendrai moi-même. Vous êtes à mettre à l'hôpital

des tous, pour vos idées. (U ^a pour sortir.)

MENDO. Elle n'hésitera pas.

DON LUIS. Nous verrons. Adieu, Juan Mendo. Je n'ai ja« mais vu ton pareil !

MENDO. Monseigneur, je vous baise les pieds ^.

DON LUIS reYcnant. Meudo, ne dites pas : Je vous baise les pieds. Gela est trop servile. Dites comme les anciens : Je TOUS baise les mains. Gela suffit. — Ah I dites donc, peutêtre qu'il y aurait moyen, Mendo, de vous faire avoir une savonnette à vilain.

MENDO. Ah ! puis-je jamais me laver î...

DON LUIS. Encore? Je me sauve ! ii sort.

MENDO. Qui jamais l'aurait pu penser? . u sort.

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