‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 33 sur 157 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

tout comte qu'il est^ il ne tient pas u tout à la noblesse, et qu'il estime autant un paysan^ ûls d'honnêtes gens^qu'un grand d'Espagne.

MENDO. Tout cela est bon à dire ; mais^ quand on en vient & la pratique, on oublie bien vite ces beaux paradoxes.

INÈS. Et don Esteban... il est baron et officier aux gardes... Eh bien! il dit qu'un noble peut bien épouser une rotiu'ière^ parce qu'il Tanoblit^ et que cela ne fait pas de tort au sang. 11 le sait bien, hii. D'ailleurs, nous descendons tous d'Adam, comme dit monsieur le curé. 11 n'y a que les professions qui font de la différence. Son giand« père était chevalier, et le mien... qu'est-ce que faisait mon grand-papa ?

METiDo troublé. Mon père!... lui!... il avait la même profession que moi.

iMÉs. Vous êtes affligé, je le vois, de ce que je vous ai dit. Si vous le voulez bien fort, je ne verrai plus Esteban... Mais, mon cher petit papa... je vous en prie, laissez-moi vous ramener aujourd'hui seulement ; il vous dira quelque chose. \

MENDo. Moi, c'est pour ton bien que je te parle; il faut cesser de le voir.

INÈS. 11 m aime tant cependant.

BiENDO. Tu le crois, pauvre Inès ! \,

iNÉs. J'en suis sûre. Mon papa?...

MENDO. Quoi ?

INÈS. S'il voulait m'épouser ?

HENDO haussant les épaules. Ah !

INÈS. S'il VOUS le disait?

MENDO. Laisse-moi.

INÈS. Voici don Luis.

DON LUIS DE MENDOZA entrant. BonjOUr, VOislu... bOnjOUT,

chère enfant. Laissez-nous seuls un instant, et allez au jardin, tous y trouverez de la compagnie.

MENDO. Inès !

DON LUIS. Taisez-vous ; c'est moi qui liû ordonne de sortir. Vous, restez ; j'ai à vous parler de quelque chose dont vous ne vous doutez sûrement pas. (inès sort.) Mais, d'abord, que je vous gronde. Vous êtes un singulier honunc, Mcndo.

ibe INÈS MENDO.

J'kl des reproches à vous faire. Vous êtes le seul àttii qttë libus ayons dans ce pays, et vous ne vene» jamais nou8 voir!...

MÈNDo. Excusez-tnoî, monseigneur. Un pauvre payéàn comme moi né peut pas faire compagnie à uh Seigneur dé votre qualité.

DON LUIS. Chansoiis que cela! Tout comte que je isuls, ]è ne me soucie pas plus de la noblesse que de mes vieilles bottes. Si j'aime mieux votre compagnie que celle d'ud gï'and, qu'avez-vous à dii-eà cela? — Et puis, ne vousavongnous pas une petite obligation ? Quand nos mules allaient nous jeter dans un précipice, n'est-ce pas vous qui leur avez sauté à la bride, et les avez arrêtées?

MENDO. Tout autre à ma place en eût fait autant.

DON LUIS. A la bonne heure. — Mais écoutez-moi. — Je ne suis pas fiel*. Je suis philosophe, moi. J'ai lu les anciens. — Tenez, mon ami, les hommes sont bien sots avec leurs préjugés sur la noblesse. La maison des Mendoza est une des plus anciennes des Ëspagnes; et je suis de la branché aînéci s'il vous plaît. Eh bien ! cela me serait égal de m'ap* peler Juan Mendo, au lieu de don Luis de Mendoza.

MENDO vivement. Quoi ! d'être Juau Mendo?

DON LUIS. Dans le fait, Mendo sonne mal à l'oreille, en con^paraison de Mendoza. — Mendo... Mendoza... Ah! ce ZA a bien son mérite. — Mais laissons là nos noms, et parlons d'affaires. Vous connaissez mon fils, c'est un charmant garçon, n'est-ce pas? plein de courage, d'esprit, de talent. Il est officier aux gardes, et dans la plus belle passe pour avoir un emploi brillant. Dix duchesses lui ont fait des avances... s'il avait voulu, il aurait épousé la fille du duc deBivar... le duc de Bivar !... entendez-vous bien? Ce n'est pas une famille d'hier que celle du duc de Bivar.

MENDO. 11 faudrait être aveugle pour ne pas admirer le mérite du baron de Mendoza.

DOM LUIS. Mais je suis philosophe, moi. Qu'est-ce que la naissance, me suis-je dit? Qu'ai-je fait à la Providence pour qtt^elle me fît comte de Mendoza, grand de première classe, commandeur d'Alcantara? Je oe m'en estime pas davaa«

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