SCÈNE IV
LE NOTAIRE écrWant. Pas si vite. laissez-moi détailler un
peu quelles sortes de biens.
DON ESTEBAN. Âvez-vous mis ?
LE NOTAIRE. Un pTu de patience. N'oublions rien. A <iui léguez-TOus vos biens ?
DON ESTEBAN. Alnès Meudoza, ci-devant Inès Mendo...
LE NOTAIRE. Dites-moi ses qualités.
DON ESTEBAN. Ma femme^ fille de Juan Mendo^ bourreau de Monclar.
LE NOTAIRE. Vivc Dicu ! cst-cc qu'il faut écrire cela ?
DON ESTEBAN. Je Uexigc.
' LE NOTAIRE. Légitime épouse ?
DON ESTEBAN. Oui^ bien que notre mariage ait été secret. (A part.) Je n'irai pas en enfer pom* ce mensonge-là.
LE NOTAIRE. Sî^ commc vous le dites; ce mariage a été secret, à votre place, et pour éviter les procès, je ferais un acte .récognitif d'icélui.
DON ESTEBAN. Faitcs-lc commc vous l'entendrez.
LE NOTAIRE. Jc l'insère au testament.
DON ESTEBAN. Avcz-vous mis ? Je veux, de plus que l'on fasse graver sur mon tombeau, que l'on élèvera dans le cimetière de ce village, qu'un Mendoza, au mépris des préjugés, a épousé la fille d'un bourreau.
LE NOTAIRE. Diable ! à votre place, je ne me soucierais pas trop de faire graver cela.
DON ESTEBAN. Je ICV^pC.
LE NOTAIRE. A la bonuc heure. C'est un legs que les Romains appelaient: poENiC nomine legatum...
DON ESTEBAN. J'iustituc mou père mon exécuteur testamentaire.
LE NOTAIRE. Il sc nommc ?
DON ESTEBAN. Don Luis, comtc de Mendoza.
LE NOTAIRE. Ricude plus naturel. Si c'est tout ce que vous avez à me dicter, oyez-en lecture et signez. * (Lisant.)
« Je soussigné, don Esteban Sandoval, baron de Mendoza, a dans la prévoyance denotre décès, voulant faire testament, a avons appelé le soussigné, Melchior de la Ronda, notaire « royal à Monclar, et les soussignés, Jayme Ximenez, et Gil a BoyaJaU tom deux habitants dudit Monclar/ lesquels se
120 INÈS MENDO.
« sont transportés dans la prison dodit lieu^ à l'effet d'ouïr « et certifier mes dernière» volontés. En présence des- « quels ai déclaré et déclare que je donne et lègue mon « âme à Dieu. ♦
« Et quant à mes biens, meubles et immeubles, dettes ac- « tives, titres, loyers, fermages, dixnts d'usufruit, servitudes « et autres que j'ai et puis avoir, je les donne et lègue à Inès « Mendoza, ci-devant Inès Mendo, ma légitime épouse, fille tf de Juan Mendo, bourreau dudit Monclar, laquelle je re- « connais par ce même acte mon épouse légitime, voulant « qu'au moyen d'icelui soient déboutés d^leuis prétentions (( tous niant le mariage avoir été célébré entre moi soussi- « gné et ladite Inès Mendo; et je l'institue mon héritière « universelle, avec les émoluments et charges que d'usage^ « et singulièrement celle de faire graver sur mon tom- « beau : qu'un Mendoza, au mépris des préjugés, a épousé « la fille d'un bourreau. Je veux également que monsieur « mon pjjre, don Luis, comte de Mendoza, soit notre exécu- « teur testamentaire, et veille h la fidèle exécution de nos « dernières volontés. Amen. Fait à Mondai*, le 25* de « mai 1040. En foi de quoi avons signé. » (DonEsteWan signe
ainsi que le notaire et les témoins.)
DON ESTEBAN. Monsicur, je vous remercie. Mon père vous paiera vos honoraires ; mais veuillez cependant prendre cette bourse que vous distribuerez aux pauvres pom* qu'ils me recommandent a*Dieu dans leurs prièaes, et cette bague que Je vous prie d'accepter comme un souvenir du malhem*eux don Esteban.
lE NOTAIRE. Âh ! monseigneur ! que je voudrais !...
Entrent le grefGer et des alguaziU.
LE GREFFIER. Monseigneur... c'est avec regi*et... .
DON ESTEBAN. Jc VOUS cntcnds. — Adieu, messieurs. Je me recommande à vos prières.
LE NOTAIRE. Douccmciit, scigncur greffier. 11 est contraire à tous les usages de faire procéder à l'exécution sitôt après la sentence rendue. 11 n'y a pas urgence, et le père de ce gonlilhomnio s'est pourvu en gracè auprès de Sa Majesté. lie roi sera ira dans quelques heures, attendez sa décision.
SCÉNR V. m
LE GREFFIER. L'alcaldc a ordonné que l'exécution eût lieu sur-le-chanap.
DON ESTEBAN souriant. Il me Semble qu'îl n'est pas autant que vous, seigneur Melchior, attaché aux formes.
LE NOTAIRE. Cck cst illégal. Je proteste.
LE GREFFIER. MonseignCUr ? . Tous sortent.