SCÈNE I. iG
aujourd'hui cette guitare dans ma chambre? Il faut la reporter de l'autre côté... elle ne peut rester ici... (Eiie prend
la g;uitare et en tire quelques sons.) CommC elle a COnsei"vé TaC-
cord !... la, la, la, la... Je n'en ai jamais vu de meilleure... Ce Pablo a un goût pour ces sortes de cadeaux!... (Elle chante.) la, la, la, la... « Mon confesseur... » Je ne puis avoir autre chose au bout des doigts que l'air de cette chanson mondaine qu'il m'a forcée d'apprendre... Ah! il n'y a pas de péché dans Tair... Le mi est baissé... (Elle chante.) la, la, la, la, la... « Mon confesseur, mon confesseur... mon con- « fesseur... »
tt Mon confesseur me dit : Mon frère, pour mortifier vos « appétits charnels, trois jours vous jeûnerez au pain et à « l'eau. Mais Mariquita me dit : Viens souper avec moi. —
« Au diable mon confesseur ! » Entre Fray Bartolomé.
DON A URRACA. Ah !
F. BARTOLOMÉ. Jésus Maria! qu'entends-je?
DONA URRACA. Quoi... jc... c'cst VOUS?... VOUS m'auilcz entendue?... J'ai chanté?
F. BARTOLOMÉ. Puis-jc cu croire mes oreilles et mes yeux ! Gomment ! ma fille, c'est bien vous ! Je m'attendais à vous trouver en prière, ou tout au moins méditant quelque livre de piété, et je vous trouve la guitare à la main, chantant des blasphèmes !
DONA URRACA. Ah! mou père ! si vous saviez!...
p. BARTOLOMÉ. Ditcs-moî quel malin démon...
DONA URRACA. Oui, mou père, c'est le Malin qui en est cause. J'ai voulu ôter cette guitare de cette chambre... J'ai pincé par distraction deux ou trois cordes : le Malin a pris son temps... Par distraction, j'ai joué un air que j'ai en horreur, et que j'ai retenu malgré moi... et puis...
F. BARTOLOMÉ. Et puls?...
DONA URRACA. Et puis... je ue sais comment il s'est fait que j'ai chanté tout haut.
F. BARTOLOMÉ. Out, mon enfant, c'est bien le Malin qui vous a soufflé cette homble chanson Mais aussi, remerciez votre bon ange, qui m'a amené justement à point pour vous empêcher de commettre un autre péché.
popIa uftRACA. Héksl loué soit leeid !... Mais asseyez-vous
loi LE CIEL ET L'ENFER.
donc^ mon père ; à Totre âge il est fatigant de venir à pied de Saint-Dominique à la rue de la Mer.
F. BARTOLOMÉ. Grâce à notre divin Sauveur, mon enfant. Je ne suis pas encore si faible que je ne puisse me tenir sur mes jambes. A quarante-neuf ans, on n'est pas encore bon à enterrer.
DON A URRACA. Ce quc j'en ai dit... c'est que vous m'avez paru avoir mauvaise mine aujourd'hui.
F. BARTOLOMÉ. Mauvaise mine?... Il ne me semble pas à
moi... (Se regardant dans le miroir.) D'abord VOtre glaCe verdit...
mais je me porte parfaitement bien... et j'ai mis ma soutane neuve pour venir vous voir, mon enfant.
DONA URRACA. Asscycz-vous, ne fût-ce que pour goûter de ces confitures que j'ai faites pour vous.
F. BARTOLOxMÉ. Hëlas ! bicu volontiers, ma fille, car à peine ai-je pris une nourriture charnelle d'aujourd'hui.
DONA URRACA. Vous VOUS fcrcz mal par trop jeûner.
F. BARTOLOMÉ. Quo voulcz-vous?... Donucz-moi encore un verre de votre marasquin. — 11 est meilleur que celui que dona Maria de Jésus m'a donné.
DoivA URRACA. Jc le crois bien. Elle est si avare, qu'elle ne voudrait jamais mettre quarante réaux pour faii*e un cadeau à ses amis.
F. BARTOLOMÉ. Doucemeut! ma fille. Il ne faut pas médire de son prochain. — Bien est-il vrai que, depuis ime année, elle ne m'a donné qu'un petit crucifix d'ivoh*e tout jaune et du marasquin fort ordinaire. Cependant, elle sait bien qu'il vaut mieux ne pas faire de cadeaux que d'en faire de mesquins.
DONA URRACA. Oh ! c'cst bien vrai. — A propos, vous a-t-on remis un panier de vin de Bordeaux?
F. BARTOLOMÉ. Oui, mou enfant. Jc VOUS en remercie jmais, si une autre fois vous m'envoyiez du vin au couvent, ne le faites pas porter dans un panier à vin, mais bien dans une caisse à livres, par exemple... ou de toute autre manière enfin.
DONA URRACA. Comment?
F . BARTOLOMÉ. Oui ... le pricur a vu le panier. . . et U a bien fallu lui faire goûter de ce vin, que je réservais pour me