‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 69 sur 157 · DONA MARIA. ROU · texte numérisé non relu

DONA MARIA. ROU

RiTA. Ron? dites bien plutôt mauvais. Que le grand diable torde le cou au païen qui a imaginé d'aussi vilaines drogues ! Moi, c'est mon étonnement que chez les apothicaires, où il ne devrait y avoir que des remèdes pour guérir, on trouve des drogues comme celles-là, qui vous expédient un homme avant qu'il ait eu le temps de dire un in mantis.

DONA MARIA gravement. Il y a de Certaines maladies où de telles drogues sont utiles.

RiTA. Le bon Dieu et saint Jacques nous préservent de ces maladies-là ! Mais je crois que cela n'est bon que pour les enragés que l'on fait mourir ainsi pour qu'ils ne mordent pas les autres.

DONA MARIA à part et rêvant. Seulement uu lustant de souffrance !

Rita sort de la pharmacie ; elle ferme la porte, et laisse

la fenêtre ouverte.

RîTA. A la place de madame la supérieure, je ferais jeter dans quelque trou ce vilain flacon ; car, plutôt que d'être utile, cela peut faire bien du mal.

DONA MARIA. Comment?

RiTA. Oui. . . Quelqu'un, par exemple, qui aurait envie de se débarrasser de quelqu'un... Ou bien, une supposition, une mauvaise tête qui voudrait se détruire comme il y en a...

DONA MABiA. Âllons donc ! qui peut penser à se tuer ?

RiTA. Je sais bien que ce n'est pas vous, mademoiselle^ qui êtes si sage et si instruite, que vous faites honte à toutes vos aînées ; mais j'en connais, de ces cerveaux brûlés... Tenez, je sais bien que vous ne le lui redirez pas; mais je n'oserais pas montrer cette bouteille-là à dona Francisca, votre amie.

Do^A MARIA. Francisca !

RiTA. Elle lit toujours des romans anglais ; elle se monte la têtç. Une fois, le croiriez-vous ? elle m'a dit que si elle aimait quelqu'un, et si son amoureux mourait malheureusement, elle se tuerait.

DONA MARIA, avec un sourire amer. Tu peuX être tranquille.

RiTA. Moi, je lui ai dit : Mademoiselle, ne dites pas de qes choses-là ; je ne suis qu'une pauvre servante, et je ne puis parler comme un curé ; mais je sais bien que se détruire, c'est offenser le bon Dieu. N'est-ce pas, mademoiselle ?

DONA MARIA. (( Homicidc point ne seras. » (Plus bas.) Mais il n'est pas dit...

RiTA. C'est le diable qui donne de ces idées-là. J'ai connu ime fille de Guatemala, qui, lorsqu'elle eut ses dix-sept à dix-huit ans, l'envie de se tuer lui vint, mais bien forte; et elle m'a dit que, quand elle regardait dans la rue par une fenêtre élevée, le diable lui disait de se précipiter. Pourtant, avec le temps, elle s'est guérie.

DONA MARIA tivement. Par qucl moyeu ? Comment a-t-elle fait?

RiTA. Dame ! elle priait le bon Dieu bien souvent de la délivrer, et elle s'en est allée en pèlerinage ; et puis est venu un garçon muletier, un beau brun, qui lui a fait la .cour : elle s'est mariée, et maintenant elle pense à se tuer comme moi à me faire pendre.

DONA BfARIA à part. Hélas!

RiTA. Au moins, mademoiselle, ne dites pas à dona Francisca ce que je vous ai dit d'elle.

DONA MARIA. N'aie pas peur... Rita, tu vas faire ma chambre ; tu verras au chevet de mon lit un petit chapelet en grenats et en or de Mexique; prends-le, je te le donne.

SGfiNE IV. m

iiTA. A inoi> mademoiselle ?

DONA MARIA. Oui : il y E longtemps que je te dois un cadeau. Tu es si bonne pom* moi ; et puis, quand je quitterai ce couvent^ tu diras quelquefois ce chapelet à mon intention.

RiTA. Ah! ma bonne demoiselle!... laissez moi tous baiser les mains; vous êtes trop généreuse... Je serai bien fâchée quand vous quitterez cette maison. Cependant ce sera pour votre bien, car sans doute ce sera poilr vous marier.

DONA MARIA soupirant. Qui Sait ? Silence.

RiTA. Faut-il mettre des fleurs nouvelles dans vos vases de porcelaine?

DON A MARIA. Oul.

BiTA. Adieu, mademoiselle ; je vous remercie bien.

Elle iort.

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