‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 73 sur 157 · SCÈNE IV. I · texte numérisé non relu

SCÈNE IV. I

DONA MARIA. Vous êtes prêtre; mais si vous pouviez

comprendre...

FRAY EUGENio. Je comprends fort bien que le bataillon des volontaires de Girone est arrivé le mois dernier à la Havane; que les officiers ont des uniformes tout neufs; qu'ils vont le dimanche à la messe dans Téglise de Saint- Jacques, où vous allez... Nous parlerons de cela demain.

DONA MARIA. Je uc VOUS dirai rien, vous ne m'entendriez pas. Malheureuse que je suis !

FRAY EUGENio. Il y a remède à tout, mon enfant, hormis à la mort.. Adieu, le chocolat m'oblige à vous quitter.

(Il fait un pas poiy s^en aller.)

DONA MARIA, le retenant. Il faut quc je vive OU que je meure ! . . . Fray Eugenio, écoutez-moi. Nous sommes seuls.. . Écoulez-moi, de grâce... Vous devez m'écouter... Vous pouvez me donner la vie ou la mort... et si vous dites un mot...

Je jure... (Fray Eugenio redouble de granité.) Ah ! Fray Eugeuio...

vous êtes prêtre... je ne puis parier.

FRAY EUGENIO. Doôa Maria, je ne sais si je dois rire de votre conduite ou m'en fâcher... Mais non, je vous plains : vous me faites pitié. Allez vous mettre en prière, et dans une heure d'ici, venez à l'église du couvent. Je vous écou* terai ; maintenant je ne puis.

DONA MARIA, tirant une lettre de son sein. Ce que JC n'ose VOUS

dire... cette lettre...

FRAY EUGENIO, tendant la main. Que Contient cette lettre? Donnez.

DONA MARIA, retenant la lettre. Au moins promettez-moi de ne pas la lire tant que vous serez dans cette maison. Lisezla ce soir, ce soir seulement. Vous me le promettez? Et demain... Non, ne m'en parlez jamais... Si vous me la rendez... ne me faites pas de reproches... ils seraient inutiles.. Rendez-la-moi seulement... Je me punirai moi-même de ma folie... Mais, au nom de Dieu, vous ne me forez pas de reproches?

FRAY EUGENIO, prenant la lettre. Donnez.

DONA MARIA. Aycz pitié de moi, je vous en supplie... ït^i résisté tant que j'ai pu... Surtout ne l'ouvrez pas ici! (Fray Ettçenio brisç le cachet.) Ah ! Dieu ! que faites-vous I Fray Ëuge'-

nio... Je vous en conjure... par pitié... rendez-ia-moi^ Fray Eugenio... Vous me tuez... Ah ! ne la lisez pas ici.

FRAY EUGENIO. Quc faitcs-Yous ? remcttez-vous, quelqu'ufl vient.

DONA MARIA. Ne la Ijsez pas ici... ou rendez-la-moi.

RiTA entrant. Monsieur l'abbé, madame la supérieure vous

attend pour prendre le chocolat.

fRAY EUGEisio. Je vicus. (A dofia Maria.) Je lirai cela tantôt,

(U sort ayec Rita.)

l SCÈNE V.

DONA MARIA, seule.

J ai donc livré mon secret. . . je l'ai livré sans espoir que Fray Eugenio réponde à mon amour. . . au moment où je venais de voir clairement son indifi'érence pour moi. — Qu'ai-jedit ?... son indifférence !... il est prêtre, il est dévot, il est honnête homme ; ainsi plus d'espérance pour moi. Je devrais, plutôt que d'attendre ses reproches... — Pourtant... s'il m'aimait... s'il pouvait m'aimer... mais non ; il n'aime que Dieu. Quelquefois sa voix est si douce... si tendre même... Tout à rheure, j'ai cru un moment que ce n'était plus un prêtre... mais, lorsque j'allais parler, son expression est devenue si sévère, que mon courage s'est glacé... Cette soirée... quand je dansais avec Francisca, lorsqu'il était comme enivré par le spectacle de nos plaisirs, aloi's, j'aurais dû lui avouer mon amour. — Francisca!... elle dansait avec moi... Oh l non, elle ne l'aime pas. Si elle aime, elle a donné son cœur à quelque officier... — U lui parle souvent... mais... non, il ne lui parle pas d'amour... Francisca ne pourrait pas... Un prêtre ! Moi seule... Quel péché, mon Dieu ! aimer un prêtre ! U n'y a que moi au monde qui puisse éprouver un amour si affreux, si criminel... et cela me rassure; misérable que je suis... mon crime me rassure ! Au moins je n'aurai pas de rivale... — U a peut-être ouvert ma lettre... S'il la lisait maintenant !... Sans doute elle excite sa colère, son indignation.. . Une femme s'abaisser à ce point ! . .. Peut-être il rit de moi, et il dit, en haussant les épaules :

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