‹ Théâtre de Clara Gazul: comédienne espagnole, suivi de La Jacquerie et de LaChapitre 77 sur 157 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

DONA iRÉNC. Vous savez ce qu'il a fait pour doila Lucia d'Olmedo ?

DONA FftAiNciscA. Noii, Vraiment.

DONA IRÈNE. Toute la ville en parle : Je l'ai entendu conter hier chez raa mère.

DONA FRANciscA. Dona Lucia^ la fille de l'auditeur don Pedro? celle qui s'est fait enlever par un officier des dragons d'Amérique ?

DONA IRÈNE. Précisément. — D'abord son père jetait feu et flammes ; il ne parlait de rien moins que de mettre dofia Lucia aux Filles repenties^ et il avait obtenu du corrégidor un ordre pour faire an'êter l'officier de dragons... un lieutenant^ un Fadrique Romero, quelque chose comme cela. On dit que c'est un assez beau militaire, des moustaches noires, pinçant assez bien de la guitare : c'est même avec sa guitare qu'il a séduit cette folle de dona Lucia, car c'est un cadet de famille qui n'a pas un sou vaillant. Il faut qu'il vive avec sa paie. Vous savez ce que c'est. — Bref, il faisait une excellente affaire en adressant ses hommages à dona Lucia, dont le père est si riche.

DONA FRANCISCA. Et Fray Eugénie?

DONA IRÈNE. Fray Eugenio est allé trouver le père, qui était furieux ; il lui a fait sans doute un sermon bien éloquent, bien touchant, comme ses sermons de carême. Il lui a dit : Vous voyez bien que vous allez faire votre propre malheur en faisant celui de votre fille ; vous voulez punir un scandale, et vous causez un scandale plus grand, et cœtera, et cœtera. Enfif^, il a tant prêché, tant prêché, que le père a pleuré quelque peu. Fray Eugenio tenait tout prêts, dans un cabinet, le ravisseur et la fille séduite. Il ouvre la porte, crac ! les voilà tous deux aux pieds du vieillard, qui lui baisent les mains, qui versent des torrents de larmes. Mon père par ci, mon père par là... Conclusion : le cœur de bronze de monsieur l'auditeur est devenu comme une cire molle ; il les relève, embrasse sa fille, et tend la main à Fadrique, en lui disant : a Mon cher fils ! » Le meilleur de l'affaire, c'est que ce don Pedro, qui est plus ladre qu'un juif, a été si bien retourné pai' Fray Eugenio, qu'il a donné une dot superbe à sa fille. Et savez-vous pourquoi ? 11

est Taniieux; Fray Eugenio lui a persuadé que toute la Tille se moquerait de lui s'il ne faisait pas les choses, grande* ment. — Eh ! Paquita ! qu'as-tu donc ? tu pleures ?

DONA FRANCiscÂ. Oui^ ce trait de sa générosité m*a émue.

DONA xiM£rfA. Grand pouvoir de l'éloquence !

DONA IRÈNE. Oh ! le cœur sensible ! Ah ! ah ! ah !

DONA xiMENA. Yoilà Paquita qui pleure. — - Marîquita a l'air d'être près d'en faire autant. Pour le coup, cela est par trop romanesque. Irène, crois-moi, laissons ces demoiselles pleurer ensemble ; aussi bien j'ai quelque chose à te conta* qui te fera bien rire. Adieu, mesdemoiselles : si tous aTez

TOS secrets^ nous aTOns les nôtres, sue sort avec doSa Irène.

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